Louardi promet de boucler la couverture médicale universelle en 2015
Le projet d’AMI, Assurance maladie des indépendants, devrait être finalisé d’ici fin 2015. Ce sera la dernière marche qui conduira vers la couverture maladie universelle.
À l’usage, Lahoussine Louardi s’avère un excellent orateur. Il manie bien les trois langues (arabe, français, amazigh), il sait recourir à la métaphore, raconter des histoires, trouver les bons exemples, faire rire la salle et l’émouvoir.
Mercredi soir à Casa, il était certes devant une salle conquise, au cinéma Ritz dans le centre ville, aux trois quarts plein, la plupart des présents étant des cadres ou des militants PPS.
Le ministre est apprécié par ses troupes et c’est un euphémisme. Au micro, quelqu’un osera la comparaison: “Comme l’or, Louardi est inoxydable“. Il voulait dire que le militant PPS n’a pas changé, malgré les responsabilités et le pouvoir qu’elles confèrent.
“Que faisons-nous dans ce gouvernement?“
“L’un a un référentiel islamique, l’autre a un ancrage moderniste à gauche et un passé communiste. L’alliance entre le PPS et le PJD n’est pas une alliance idéologique. Ce n’est pas une alliance stratégique. C’est une alliance politique, sur la base d’une charte de la majorité“.
Louardi plante ainsi le tableau. Et comme Benabdellah, il parlera de ses partenaires du PJD avec un respect visible.
“En entrant au gouvernement, notre objectif était de renforcer l’édifice démocratique et la stabilité du pays, d’apporter notre contribution au développement et à la justice sociale et de mettre en œuvre la Constitution de 2011“.
Voilà qui est dit. Un éclaircissement. Et un bilan politique: “Le bilan n’est pas parfait, mais ce gouvernement a fait preuve d’une grande audace dans la lutte contre la corruption. C’est aussi un gouvernement de réformes et un gouvernement qui est soucieux des couches démunies“. Louardi, qui s’affirme pragmatique [“notre parti confronte les idées à la réalité“], rappelle la réforme de la compensation, les allocations aux veuves, la baisse des prix des médicaments, la prochaine réforme de la retraite et la future instauration de la couverture sanitaire universelle“.
Les trois piliers de la santé publique
Louardi fait le bilan de la Santé publique, qu’il gère depuis trois ans et demi. La Santé publique ne peut fonctionner que si ses trois piliers sont solides: l’infrastructure, les ressources humaines et la couverture sanitaire.
Il faut mener les réformes et effectuer les mises à niveau dans ces trois piliers en parallèle.
La couverture sanitaire
“D’ici la fin de l’année, nous aurons bouclé la couverture sanitaire universelle“. Louardi le dit, le promet, le martèle. “Je m’y engage“. Ce qui signifie que chaque Marocain sera couvert.
L’AMO (salariés) lancé en 2005 couvre aujourd’hui 34% des Marocains.
Le Ramed (démunis et vulnérables) couvre 28% (8,7 millions de bénéficiaires). Le ministre révèle que les 5 premiers bénéficiaires d’une greffe hépatique au Maroc étaient couverts par le Ramed… et que le mardi 14 juillet, le Maroc a réalisé sa 6e greffe du foie, qui est l’une des transplantations les plus complexes et les plus lourdes.
Dès la prochaine rentrée universitaire, tous les étudiants non couverts bénéficieront d’une couverture sanitaire gratuite. Ce régime sera géré par la CNSS.
Il restera les indépendants (professions libérales, artisans, commerçants…). Pour ces derniers, tous les points essentiels ont été arrêtés et ont fait l’objet d’un consensus. Un régime de retraite et une couverture sanitaire seront mis en place pour ces professions. Et le Maroc pourra alors se targuer d’avoir couvert la totalité de sa population.
L’AMI (Assurance maladie des indépendants) sera en principe bouclée et approuvée avant fin 2015. Un premier texte se trouve au SGG (secrétariat général du gouvernement). L’AMI entrera progressivement en vigueur, à commencer par les professions les plus organisées puis s’étendra vers les autres, sur trois à quatre ans au maximum.
Mise à niveau de l’infrastructure
Vers la fin de l’année 2015, sera lancé un programme de mise à niveau des équipements médicaux, qui nécessitera 948 MDH.
74 unités hospitalières ont été créées et ouvertes entre 2012 et 2014, comportant plus de 1.600 lits.
Pénurie de ressources humaines
Le Maroc fait partie des 57 pays listés par l’OMS comme souffrant d’un déficit élevé de professionnels de la santé.
45% des professionnels sont concentrés entre Casa et Rabat. Selon le ministre, la santé publique a besoin de 8.000 médecins et de 11.000 infirmiers supplémentaires.
Pour faire face à ces besoins et améliorer la répartition inéquitable dans le pays, le ministre met en œuvre deux solutions complémentaires :
-le service sanitaire obligatoire pour les nouveaux médecins, avec affectation dans les régions dépourvues. Le salaire sera celui d’un médecin de la fonction publique, avec une couverture sanitaire. La possibilité de postuler au résidanat restera ouverte. Le médecin bénéficiera également d’une prime d’éloignement et ces deux années seront prises en compte dans son futur contrat avec l’État s’il est admis au résidanat (compteront double) et pour son ancienneté et sa retraite.
-la seconde solution concerne la hausse progressive des postes budgétaires : ils sont passés de moins de 2.000 par an à plus de 3.000 actuellement et dépasseront en principe les 4.000 par an dans un avenir proche.
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