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Le Pakistan sous tension avant l'enterrement d'un islamiste pendu

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Le 1 mars 2016 à 7h37

Des centaines de personnes se rassemblaient mardi à Islamabad, sous haute sécurité, à l'occasion de l'enterrement d'un islamiste exécuté la veille pour avoir assassiné un homme politique réformateur.

Des milliers de policiers étaient postés aux principaux carrefours et sites sensibles de la capitale du Pakistan et de la ville voisine de Rawalpindi, notamment le long de l'itinéraire prévu pour le convoi funéraire de l'islamiste pendu, Mumtaz Qadri, ont indiqué des responsables.

Lundi, des milliers de manifestants étaient descendus dans la rue à travers le pays pour rendre hommage à Qadri, qui avait abattu en 2011 Salman Taseer, le gouverneur de la province du Pendjab.

Policier chargé de la protection du gouverneur, Qadri avait avoué l'avoir criblé de 28 balles dans le centre d'Islamabad car ce dernier était favorable à une réforme de la loi réprimant le blasphème, loi défendue bec et ongles par les conservateurs.

Les routes autour du domicile de Qadri à Rawalpindi sont restées ouvertes, a constaté un journaliste de l'AFP. Près de 800 sympathisants, hommes et femmes, y étaient rassemblés, sans aucune force de sécurité visible. Le corps a été placé dans une ambulance pour être transporté vers le cimetière.

- Silence médiatique -

"Un lourd dispositif policier a été déployé à travers la capitale aujourd'hui", a indiqué à l'AFP un responsable de la police de la capitale.

"Nous avons placé des hommes aux principaux carrefours proches du trajet emprunté par le convoi funéraire et des bâtiments sensibles", a-t-il ajouté, précisant que près de 3.000 policiers étaient dans la rue.

Au moins autant de membres des forces de sécurité étaient déployés à Rawalpindi, selon un autre responsable.

Les écoles et universités sont restées fermées mardi, après avoir écourté la journée de classe la veille.

Liaquat Bagh, le parc de Rawalpindi où sont prévues les funérailles, est un lieu lourd de symboles. C'est là qu'ont été assassinés le Premier ministre Liaquat Ali Khan en 1951, et son successeur, Mme Benazir Bhutto en 2007.

Le gouvernement "a pris le risque" de mener une exécution susceptible de déclencher des violences afin d'"aller à l'encontre des soupçons" qu'il soutient les islamistes, estime l'expert en sécurité Hasan Askari, y voyant un "signe de changement".

Lundi, des rassemblements avaient eu lieu à Karachi, Lahore, Islamabad ainsi que dans de nombreuses autres villes du pays -- mais les mobilisations étaient restées limitées, sans incident majeur.

La plupart des médias pakistanais ont limité leur couverture des manifestations, faisant plutôt leur une sur la victoire aux Oscars de la cinéaste pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, récompensée pour un documentaire dénonçant les crimes d'honneur.

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible au Pakistan, république islamique de 200 millions d'habitants.

La loi prévoit jusqu'à la peine capitale pour le blasphème, et de simples allégations valent régulièrement à des personnes souvent pauvres et issues des minorités d'être lynchées par la foule ou prises pour cible par des fanatiques.

Les critiques soulignent que cette loi est souvent instrumentalisée pour régler des différends personnels via la diffusion de fausses accusations.

L'assassinat du gouverneur du Pendjab avait pétrifié une classe politique locale déjà très frileuse sur toute controverse impliquant la religion d'Etat.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a déploré l'exécution, estimant que "tuer de nouvelles personnes est une façon déplorable de rendre hommage à la vie et au message de Salman Taseer".

Elle a appelé le Pakistan à rétablir le moratoire sur la peine de mort, levé fin 2014. En janvier, les autorités avaient indiqué avoir exécuté 332 personnes depuis.

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Le 1 mars 2016 à 7h37

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