La politique africaine du Maroc : le dilemme de l’unité, de l’éclatement et du choix rationnel
D’un sentiment de trahison à un réveil lucide, en passant par une remise en cause des illusions diplomatiques, le Maroc d’aujourd’hui se tient debout, serein, en pleine possession de ses moyens. Mais un dilemme persiste : celui de l’unité africaine face aux forces de l’éclatement. Entre engagement historique, convictions panafricaines et choix pragmatiques, le Royaume trace sa voie, porté par une ambition qui dépasse les rancœurs du passé.
J’ai envie de dire que "le Maroc l’Africain" a été trahi par ses pays frères africains. Et dans un soupir de confiance, j’ajouterai que "le Maroc l’Africain" a su puiser dans son âme africaine pour savoir reprendre du poil de la bête et devenir encore plus Africain. Il l’aurait fait en étant convaincu que le génie africain (à travers ses différents processus de ressourcement) finit toujours par être au rendez-vous de l’histoire.
Du sentiment d’être trahi, au réveil, en passant par la remise en cause du bon sens permissible de toutes les fausses perceptions politico-diplomatiques, le Maroc est aujourd’hui en pleine possession de ses moyens ; la force tranquille. Il ne se laisse pas berné, cependant. En dépit de cette évolution, le Maroc se retrouve toujours face au dilemme de l’unité de l’Afrique, de son éclatement et du choix rationnel qui s’impose par la force des choses.
De l’unité, quand il est parmi les pionniers de l’unité africaine en participant à la conférence d’Accra en 1958 (Ghana, Maroc, Ethiopie, Egypte, Soudan, Libéria, Tunisie, Libye).) La même année, Tanger abrite la réunion tripartite du Parti de l’Istiqlal marocain, du Néo-Destour tunisien et du Front de libération national algérien. De l’unité, en abritant la réunion du Groupe Casablanca en 1960 (Egypte, Guinée, Libye, Mali, Maroc et représentants FLN algérien) coïncidant la même année avec la réunion du Groupe de Monrovia (Libéria, Nigéria, Sénégal, Cameroun) pour la mise en place d’une structure supranationale fédératrice d’une Afrique indépendante et prometteuse.
Ces efforts ne sont pas payés en retour. En effet, l’Organisation de l’unité africaine (l’OUA) est née en 1963, consacrant un principe contesté, en l’occurrence, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Au lieu de faire avorter le cheminement vers l’unité, le Maroc y reste membre tout en émettant des réserves sur le principe en question. Un principe qui est désormais remis en cause tant les litiges frontaliers se multiplient et annoncent des turbulences futures.
Des tireurs d’élite, des fossoyeurs géopolitiques
De l’unité encore, quand, en 1984, le Maroc préfère quitter l’OUA qui a admis, dans un hold-up juridique flagrant, la pseudo-rasd. Il quitte cette organisation afin d’éviter son éclatement, alors même que de nombreux pays membres sont prêts à partir dans la foulée.
Le choix rationnel s’impose alors. Et c’est ce même choix rationnel qui fait que le Maroc décide en 2017 de reprendre sa place au sein de cette organisation, devenue Union africaine depuis 2002.
Les centres de recherches et les médias en général suivent la tendance et se partagent les appellations avec une générosité qui fascine et surtout qui intrigue. Il en est ainsi de l’expression "politique africaine". Cette expression a connu des bonheurs différents en fonction de l’intérêt que les décideurs marocains ont apporté à l’Afrique. Cet intérêt a toujours été au centre des préoccupations des acteurs influents au sein du système de prise de décision, très centralisé, du reste, pour ne pas dire hermétique et opaque.
La perception de la politique africaine du Maroc a été très mitigée dans l’échiquier politique et académique au Maroc. Cette perception a évolué en fonction de la culture politique des uns et des autres dans le cadre de la perception globale du comportement diplomatique du pays.
À cet égard, on peut schématiquement retenir cinq étapes, dont certaines ont déjà été effleurées plus haut. Elles ont fortement marqué cette perception. Premièrement, la politique africaine est conditionnée par le souci du parachèvement de l’intégrité territoriale. Elle s’est construite sur la base d’une négociation prudente avec les anciens colonisateurs, tout en se gardant de ne pas laisser le terrain libre aux voisins qui ont exprimé des convoitises (territoriales) au lendemain de leur indépendance.
Le Maroc a su comment, comme précédemment signalé, gérer le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation en émettant des réserves à la suite de l’adoption de la charte constitutive de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963.
L’ambition de parachever l’intégrité territoriale a été ralentie d'une part par la lutte pour le pouvoir sur le plan intranational entre des forces politiques qui avaient des ambitions qui allaient au-delà de la participation active à la vie politique et de l’autre, par la guerre des sables imposée par l’Algérie qui a été soutenue par des pays africains et arabes. Le processus de récupération des territoires spoliés avait commencé par Tarfaya en 1959, Sidi Ifni en 1969 et les provinces du Sud en 1975.
Deuxièmement, le retrait de l’OUA en 1984, à la suite de l’admission de la pseudo-rasd. Le retrait a été motivé par le fait que le secrétaire général de cette organisation, Edem Kodjo, a cédé aux pressions de l’Algérie et de ses soutiens africains pour violer les dispositions de la charte en matière d’admission de nouveaux États membres. Là aussi, il faut retenir que l’Algérie a été l’instigatrice de tout le processus, comme elle l’avait fait en 1963 en jouant le rôle de la victime.
Troisièmement, le retour à l’Union africaine (ex. OUA) en 2017. Ce retour a été motivé par le fait que le Maroc avait jugé le moment opportun pour couper l’herbe sous les pieds de ses adversaires qui allaient franchir un pas en faisant admettre la pseudo-rasd au sein des Nations unies et réaliser un échec et mat magistral.
Trois années plus tôt, le représentant personnel du Secrétaire général des Nations unies, Christopher Ross, avait manœuvré pour réaliser le même coup qu’Edem Kodjo en se jouant des paramètres arrêtés par le Conseil de sécurité aux fins de trouver une solution mutuellement acceptable.
Quatrièmement, la hâte de corriger l’anomalie commise par Edem Kodjo et reprise différemment par la charte de l’Union africaine adoptée en 2002. La présence de la pseudo-rasd est devenue un fardeau pour les États membres. Malgré les décisions prises pour limiter son rôle au sein des organes de l’organisation ou sa participation aux forums multilatéraux, cette présence dérange une bonne partie des États membres, sachant que seule une poignée la reconnaît. En effet, sur 54 États membres, seuls douze maintiennent leur reconnaissance de la pseudo-rasd, dont la moitié est en situation de gel par indifférence.
La hâte ne veut pas dire impatience. Le Maroc est conscient du fait que laisser le temps au temps serait une bonne option dans la mesure où les principaux soutiens à cette entité connaissent des problèmes de crédibilité (ou de légitimité) sur le plan intranational et des soucis d’impact sur le plan international.
Or cette perception chargée passe sous silence le fait que l’Union africaine a perdu de son influence et a confirmé qu’elle est incapable de résoudre des conflits interafricains pour plusieurs raisons. Un : la lutte pour le leadership régional selon une lecture aveugle du principe de l’équilibre des pouvoirs. Deux : l’essoufflement des États dits pivots qui ont tout réussi dans l’échec. Ils ont échoué pour avoir déployé tous leurs efforts pour soigner leur image sur le plan international en négligeant de résoudre des déficits multidimensionnels sur le plan interne. Trois : la découverte tardive que les alliés régionaux sur lesquels reposaient les uns et les autres étaient en fait des compétiteurs, des tireurs d’élite et des fossoyeurs géopolitiques.
Cinquièmement, les premières années post-indépendance du Maroc ont été marquées par le sceau de l’affectif, de l’émotionnel voire de la naïveté crue. S’il est vrai qu’en politique seuls les aveugles peuvent ne pas voir les choses venir dans la course des évènements, rien ne permet de conclure qu’ils n’ont pas l’intuition de sentir qu’il y a quelque chose qui cloche. Or, les décideurs marocains savaient que leurs interlocuteurs couvaient des scénarios louches, mais ils nourrissaient l’espoir que la bonne foi pût prévaloir en dernier ressort. Il n’en fut rien.
Or, la partie n’est jamais définitivement perdue. Car il y a des évidences qui peuvent faire basculer les tendances et déjouer les subterfuges. L’histoire en est le moteur à propulsion qui peut prendre tout le monde de court.
De la persévérance et de la résilience
Un peu d’histoire ne fait de mal à personne, pour peu que sa perception ne pousse pas à des partis pris à prendre la poudre d'escampette. Amadou Mbathé Bâ, penseur malien, est connu surtout pour avoir dit : "Quand un vieux meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle". Une réponse on ne peut plus limpide à ceux, parmi les ethnologues militaires et les amnésiques de leur propre histoire, qui manquent de confiance et se rabattent sur des références dont l’objectivité est sujette à caution.
La politique étrangère des États est un cumul de faits et d’actes dont seules les archives historiques, même incomplètes, peuvent aider à comprendre. À cet égard, quatre évènements historiques peuvent aider à y voir plus clair. Un : la bataille d’Oued al-Makhazen (1578). Si le Maroc l’avait perdu, il aurait connu le même sort que la plupart des pays arabes et africains conquis en leurs temps par les Ottomans et les Portugais.
Deux : la guerre entre l’empire saadien et l’empire de Songhaï (1591-1630). Ce fut dans la même logique du complot à distance entre les Ottomans et les Portugais pour couper le Maroc de ses racines africaines.
Trois : l’instauration du protectorat en 1912, à la suite d’arrangements insidieux de la part de la France, l’Espagne, le Royaume-Uni (accord de 1895, reconnaissant sans grande conviction la souveraineté du Maros sur les territoires au sud d’oued Noun-Sahara actuel), des États-Unis, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Russie grâce à des accords secrets ou publics.
Une liste non exhaustive le démontre avec éloquence : En 1902, l’accord de principe des Etats-Unis pour la colonisation du Maroc par la France ; en 1904, l’accord franco-espagnol pour coloniser le Maroc ; en 1905, l’opposition verbale de l’Allemagne à Tanger à la colonisation du Maroc pour avoir un morceau du gâteau ; ce qu’elle obtient en fin de compte.
Il en est de même en 1906, l’accord d’Algerisas dans lequel les signataires s’engagent à respecter la souveraineté du Maroc, et ne respectent que dalle) ; en 1911, avec l’accord entre le Maroc et l’Espagne reconnaissant la souveraineté du Maroc, dont l’Espagne se démarque la même année).
Le Maroc a sauvé les meubles en acceptant une souveraineté amputée en 1912, avec l’instauration d’un protectorat dont il subit les affres en étant entre le marteau des grignotements de sa souveraineté et l’enclume des capitulations.
Quatre : la récupération des territoires spoliés suivant un processus graduel dans le même esprit que celui du protectorat.
Après l’histoire, il y a les vecteurs solides qui font que le Maroc est Africain jusqu’à la moelle. Et ce n’est pas pour rien que, dès la formation des premiers gouvernements post-indépendance, l’adjectif "africain(e)" a été associé au département des affaires étrangères.
Parmi les vecteurs les plus importants, il y a la dimension religieuse. L’introduction de l’islam en Afrique de l’Ouest s’est faite grâce au Maroc. Les zawiyas et confréries religieuses y ont joué un rôle de première importance (Hami H., La dimension spirituelle des relations transnationales : Le Maroc et l’Afrique subsaharienne, 2007).
Pour comprendre la polémique autour de la Tijaniyya qu’alimente l’Algérie par rapport au Maroc, rien de plus simple que de se pencher sur l’histoire religieuse du Maroc dans son espace maghrébin et subsaharien sous le règne des différentes dynasties, à commencer par les Almoravides.
Le regain d’intérêt pour le champ religieux en Afrique est associé d’une part à la réforme du champ religieux au Maroc depuis 2004 et de l’autre à l’activisme de certains pays du Moyen-Orient, de la Turquie et de l’Iran qui occulte parfois l’assaut messianique de l’Église catholique et des Églises scandinaves, notamment danoise et norvégienne.
Le Maroc a expérimenté des moments difficiles durant les années 1960 et 1970 (avec acuité), 1980 et 1990 (avec moins de véhémence), pour faire comprendre sa politique africaine. Celle-ci a été perçue comme étant une expression claire de son irrédentisme, alors que le pays œuvrait par tous les moyens à recouvrer son intégrité territoriale.
Cependant, il convient de rappeler que, vers la fin des années 1980, une nouvelle approche est adoptée. Elle rappelle que c’est par l’économique et le commercial que les relations peuvent être tissées et consolidées. Encore faut-il que le timing et l’opportunité le permettent. Il en est ainsi par le concours de deux évènements.
Un : l’arrivée des socialistes au pouvoir en France. François Mitterrand a à cœur d’adopter une nouvelle politique par rapport aux relations France-Afrique. Il instaure le principe de la conditionnalité pour peaufiner l’aide au développement.
Son discours à la Baule en 1989 reste mémorable. Mais c'est à partir de cette date que la France commence à perdre du terrain. Elle n’aurait pas dû, car l’un des concurrents les plus farouches, l’Union soviétique, était en phase de décomposition précoce. De même, la Chine, après une percée au milieu des années 1960, avait marqué une pause pour des raisons de restructuration politique et idéologique sur le plan interne. Par ailleurs, les États-Unis étaient préoccupés par l’après-URSS et la confection d’un deal pour résoudre, à l’avantage d’Israël, le conflit arabo-israélien.
Deux : la voie était relativement libre. C’est à partir de cette date que le Maroc commence à intervenir économiquement et financièrement en Afrique. En coopération avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, le Maroc, par le biais de la BMCE (actuel Bank of Africa) et de la Banque populaire, entreprend la réforme des banques nationales au Mali et en Guinée. Il devient un acteur important au sein de la Banque africaine de développement (BAD).
Deux décennies plus tard, le Maroc devient le premier investisseur africain en Afrique. En 2023, les investissements ont atteint 836 millions de dollars (IDE). Il avait occupé la 3ᵉ place et la 4ᵉ place respectivement en 2021 et 2022. De nombreux observateurs et experts des finances sont d’avis que le Maroc devient un passage obligé pour l’investissement en Afrique, notamment en Afrique occidentale.
Trois : le changement de paradigme au fur et à mesure que l’Afrique a vu l’arrivée au pouvoir de nouvelles générations de décideurs. Ces décideurs ne se laissaient plus embobiner par des discours idéologiques gonflés.
La remise en cause des formes classiques de coopération avec les anciennes puissances coloniales et la réaction aux nouvelles tentatives de subjugation de la part des pays voisins, notamment d’Afrique du Nord, ont facilité l’émergence d’une nouvelle perception des relations internationales appliquées au continent africain.
Certes, la cadence des coups d’État militaires n’a pas diminué comme l’auraient souhaité les observateurs avertis, mais elle a participé à l’enracinement de la notion de changement de régime comme une nécessité impérieuse pour sortir des impasses institutionnelles répétitives.
Face à cette évolution, le Maroc a adopté un comportement réfléchi, n’intervenant guère dans les affaires intérieures de ses voisins subsahariens. Ces derniers, comble de désespoir, ont été à la merci de complots sécuritaires ourdis par des mouvements séparatistes inféodés à des réseaux du crime organisé. Ces organisations avaient comme dénominateur commun qu’elles sont orchestrées de loin par des services de renseignement étrangers. Une idée émerge alors faisant, à juste titre, une liaison avérée entre séparatisme et terrorisme comme un facteur dangereux de déstabilisation des Etats souverains.
Codéveloppement, coparticipation, cogestion et coresponsabilité
Quatre : le changement de paradigme a touché aussi le concept. C’est ainsi que le Maroc a adopté une approche basée sur le codéveloppement, la coparticipation, la cogestion et la coresponsabilité en matière d’obligation de résultat. Cette approche a eu le suffrage de ses pairs africains.
Cinq : le changement de paradigme a invité ses partenaires africains à orienter leurs boussoles et à revoir leurs perceptions quant au lien entre coopération et stabilité, coopération et sécurité et coopération et égalité des chances en matière de progrès et de développement.
Six : la plupart des partenaires du Maroc a pris conscience du fait que la persistance des conflits artificiels n’a plus raison d’être. D’aucuns commencent à comprendre que ce pays a été victime d’un hold-up juridique se rapportant à sa souveraineté et à son intégrité territoriale. Ils en ont été conscients dans la mesure où certains d’entre eux ont été victimes de mouvements séparatistes dans le passé et que ces mouvements ont commencé à renaître de leurs cendres par la collusion entre raison d’État et banditisme.
Sept : une conviction a pris le devant dans l’entendement de la plupart des pays africains que l’Union africaine créée en 2002, en remplacement de l’OUA, n’apportait pas de réponses aux problèmes endémiques se rapportant à la gestion et à la résolution des conflits. Cette organisation a répliqué la lutte pour le leadership d’antan et a tenté d’établir une hiérarchie d’acteurs similaires à celle qui a eu lieu en 1963 ; une chose qui est désormais inacceptable.
Huit : le changement de paradigme a permis au Maroc de se dégager de l’étau du juridisme stérile, genre droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, intégrité territoriale, souveraineté, droits acquis, intangibilité des frontières que d’aucuns interprètent à leur guise. Il propose en 2007 un plan d’autonomie pour résoudre le conflit régional artificiel autour du Sahara et prend de court ses adversaires.
Neuf : depuis lors, bien des changements ont eu lieu. Le Printemps arabe est passé par là. Le Maroc a démontré qu’il s’adapte et qu’il sait puiser dans ses atouts culturels, civilisationnels et psychologiques pour être en phase avec l’évolution des sous-systèmes régionaux et du système général en général. En dépit de la hantise qui s’est emparée de certains de ses partenaires africains, le Maroc a persisté et signé dans l’accompagnement de leurs projets de développement. Il l’a fait selon une approche participative, locomotive de l’esprit gagnant-gagnant.
L’approche participative et respectueuse du génie créateur des peuples africains a permis au Maroc d’être perçu comme un partenaire fiable et un médiateur crédible. Qu’on en juge par ce qui suit. Le Roi Mohammed VI a effectué cinquante-deux visites dans vingt-neuf pays africains depuis son accession au trône en juillet 1999.
Des projets qui sont synonymes de premiers pas vers un décollage économique certain. Quatre niveaux sont à l’honneur. Un : la consolidation de la coopération bilatérale avec la conclusion, depuis 2000, de plus de six cents accords avec une quarantaine de pays, des projets ambitieux, dont la construction par l'OCP des usines de production d’engrais au Nigéria, en Éthiopie et au Ghana.
Des opérateurs marocains sont très actifs et accompagnent les processus d’investissements consistants animés par Attijari Wafa Bank, Bank of Africa, le Groupe Banque populaire, Royal Air Maroc, Maroc Telecom, des compagnies d’assurances, des groupes immobiliers, etc. Deux : des projets de portée globale à travers une forme enrichie de coopération triangulaire. Trois : des projets brassant large (l’initiative atlantique, le gazoduc Africain-Atlantique, le désenclavement des pays du Sahel). Quatre : des initiatives de portée humaine et sociale (la formation de 25.200 étudiants en 2023, dont 85% sont africains et la régularisation de la situation de 50.000 Subsahariens depuis 2014).
Le repositionnement géopolitique n’est pas un jeu de hasard. Il répond à des impératifs qui s’invitent à l’improviste sur l’échiquier stratégique global. Si les acteurs étatiques ne se sont pas préparés à l’avance, ils sont emportés par la lame de fond qui les tire une fois pour toutes vers l’abysse. Les acteurs étatiques avertis apprennent de leurs calculs erronés et des échecs passés, même s’ils ont commis des erreurs d’appréciation par inadvertance ou manque d’expérience. Le Maroc l’a fait en faisant du mythe de Sisyphe un rouleau compresseur pour soutenir sa résilience et son refus de renoncer à ses droits en matière de récupération des territoires spoliés.
Le Maroc se positionne pour défendre ses acquis et pour accompagner d’autres pays africains à renaître à la politique internationale en faisant usage du doigté, de la persévérance et de la confiance en leurs potentialités. Il le fait tout en étant conscient que l’Afrique est devenue plus que jamais un terrain de confrontation secondaire. La différence par rapport au passé, c’est que l’intervention étrangère se fait par la bataille économique et commerciale en plein jour, alors que dans le passé, elle cherchait à créer des foyers de tensions en encourageant la prolifération des conflits et l’entretien de litiges artificiels.
Le contexte et le timing sont importants. Ils relèguent au second rang les comparaisons futiles sur le nombre de représentants au sein des organisations régionales et internationales. Avoir un nombre conséquent de représentants officiels ou de nationaux fonctionnaires internationaux peut apporter un peu de prestige, mais il n’est pas synonyme de pouvoir de décision ascendant ou d’influence récurrente.
L’état des lieux ressemble, toute proportion gardée, au transfert de technologie partiel ou aux délocalisations tempérées. Les pays bénéficiaires ne sont que des substituts. Ils sont mandatés pour bénéficier de l’aubaine tout en étant avertis que certains printemps peuvent ne pas voir arriver des hirondelles.
Cependant, certains diraient, à juste titre, mieux vaut occuper une chaise que de permettre aux adversaires d’en faire un fonds de commerce. D’autres pourraient leur rétorquer, à juste titre aussi, que la géopolitique de la première moitié de notre siècle se fait et se fera par l’ascendance du choix rationnel, le regroupement des acteurs étatiques qui ont droit au chapitre pour ne pas être les orphelins-dépendances stratégiques de demain.
Le Maroc l’aurait compris. Il adopte, dès lors, une politique africaine qui se veut ambitieuse, mais réaliste. Cette politique n’a pas été handicapée par la pandémie du Covid ou par le ralentissement qu’a connue la réalisation de certains projets dans les délais, et encore moins par l’agissement de ses adversaires qui ont fait preuve d’un amateurisme politique et diplomatique qui frise le ridicule.
Des pays africains amis l’auraient compris à leur tour. C’est dans ce contexte que des axes pacifiques de coopération multidimensionnelle entre le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal et des corridors prometteurs entre les pays du Sahel et ces derniers sont des motifs d’espoir, de progrès et de stabilité à concrétiser coûte que coûte.
Ces axes et corridors restent ouverts aux autres pays de la région pour qu’ils renaissent, à leur tour, à la politique internationale avec une vision guérie de l’illusion d’un âge d’or hypothétique. Cependant, il faut au préalable qu’ils fassent l’état des lieux chez eux pour identifier les failles et corriger les lacunes, car prendre le train en marche n’est plus une virée de luxe ; c’est une nécessité qui demande de la résilience. Et l’ancrage, pour qu'il soit actionné, est assujetti à l’acceptation des autres partenaires.
Si la volonté politique est là, le financement est une affaire de négociations responsables afin d’écourter les délais de réalisation des projets. Après tout, l’adage qui dit que par l’économique, les citadelles de retranchement et d’isolement sont facilement franchissables est, on ne peut plus, d’actualité.
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