img_pub
Rubriques

La quatrième révolution industrielle sera-t-elle au service de la durabilité?

Les dirigeants des entreprises de la Silicon Valley disent que la 4e révolution industrielle nous apportera des avantages incommensurables. Ils nous assurent qu’elle est déjà en marche et qu’elle s’accélère, propulsée par l’intelligence artificielle et d’autres technologies, et qu’à défaut de saisir l’occasion, nous allons mordre la poussière.

Le 6 mai 2021 à 10h50

STOCKHOLM – Ce bouleversement imminent, qui inclut les incidences de la robotique, de la biotechnologie et de la nanotechnologie, de la 5G et de l’internet des objets (IdO),  est une révolution de dimension globale. Ses chefs de file et leurs prosélytes nous promettent qu’elle aidera les sociétés à lutter contre le changement climatique, à remédier à la pauvreté et aux inégalités et à endiguer le déclin catastrophique de la biodiversité.

Cette révolution pourrait tenir ces promesses, ou pas.

Prenons l’exemple de la récente révolution numérique, qui nous a donné Google, Facebook et Twitter, entre autres, et qui a transformé la manière dont les informations circulent dans le monde. A première vue, pouvoir communiquer avec d’autres personnes en ligne et créer et partager sans difficultés des contenus numériques par le biais de réseaux sociaux virtuels en pleine croissance, semblait n’avoir que des avantages.

Mais aujourd’hui, la prolifération mondiale de fausses informations relayées par ces plateformes a redu plus difficile la gestion de la pandémie du Covid-19 et la lutte contre le changement climatique. Peu de personnes ont pris la mesure de la situation avant qu’il soit trop tard, et nous devons maintenant en gérer les conséquences.

L'influence de la technologie

Dans ces conditions, comment les sociétés peuvent-elles minimiser le risque d’une utilisation irréfléchie, incompétente ou délibérément malveillante des technologies de demain?

Mes recherches portent de plus en plus sur la collision de deux mondes. La technosphère englobe tous les objets et systèmes produits par l’homme, avec une taille estimée à 30.000 milliards de tonnes, ou 50 kilos par mètre carré de la surface de la Terre. La biosphère est la mince couche à la surface de la planète où s’épanouit la vie et qui a permis aux être humains de bénéficier de conditions climatiques relativement stables pendant 10.000 ans.

J’ai commencé à m’intéresser à la relation entre ces deux mondes en étudiant le développement de systèmes mondiaux semi-automatisés d’alerte précoce pour la prévention et le contrôle des maladies. J’ai ainsi pu apprécier à quel point la technologie modifie profondément le comportement des humains, des organisations et des machines. Cette influence est parfois linéaire, simple et directe. Mais le plus souvent, les effets du changement technologique sont indirects et se propagent à travers des réseaux complexes de causalité et ne deviennent apparents qu’après une longue période. Les médias sociaux en sont un bon exemple.

La technosphère est omniprésente. Elle est en passe de devenir ce que l’on appelle une «infrastructure cognitive» capable de traiter l’information, de raisonner, de se souvenir, d’apprendre, de résoudre des problèmes et parfois même de prendre des décisions avec une intervention humaine minimale grâce au développement de l’automatisation et de l’apprentissage machine.

Cela pourrait s’avérer être un pas de géant en termes d’évolution. Toutefois, les décisions concernant la conception et la finalité des objets et systèmes de la technosphère doivent tenir compte des objectifs sociaux et de l’état de la planète. Construire un avenir plus durable implique donc de réexaminer certains postulats profondément ancrés concernant le rôle de la technologie et de l’intelligence artificielle en particulier.

IA et changement climatique

L’impératif premier pourrait bien être d’approfondir le discours dominant sur l’apport de l’intelligence artificielle (IA) dans la lutte contre le changement climatique. Dans sa forme la plus simple, ce discours se focalise sur l’utilisation de l’IA pour prévoir les conditions climatiques, ou pour optimiser les systèmes énergétiques et les flux de trafic routier. Mais le système climatique est intrinsèquement lié à la biosphère, incluant la biodiversité, les forêts, les océans et les écosystèmes agricoles. Développer et déployer l’IA de manière responsable pour répondre à des enjeux pressants de durabilité implique de prendre en compte le lien avec les formes de vie qu’abrite la planète et le rôle que nous jouons à cet égard.

En outre, définir la contribution de l’IA en termes d’optimisation et d’efficacité n’est pas la bonne approche pour renforcer la résilience à long terme des populations et de la planète.

La résilience, la capacité à rebondir après un choc et à s’adapter à de nouvelles conditions, repose sur la diversité et la redondance. Une ville traversée par un seul grand axe routier est plus susceptible de voir la circulation paralysée en cas de crue soudaine ou d’attentat terroriste. Une ville offrant plusieurs possibilités de se déplacer d’un endroit à l’autre est plus résiliente.

Les systèmes optimisés pour une production maximale (par exemple d’une culture particulière) sont vulnérables aux chocs et aux changements de circonstances. Si optimiser les terres agricoles afin d’obtenir des rendements maximaux, au moyen de l’analyse prédictive et de l’automatisation, peut sembler être une stratégie séduisante, elle risque aussi d’accélérer la perte du savoir-faire écologique local, de creuser les inégalités existantes et d’accroître la dépendance aux monocultures en raison des pressions commerciales.

Ce n’est en optimisant les systèmes que l’IA peut potentiellement contribuer à relever les défis climatiques, mais en renforçant les capacités des populations à devenir les gardiens de la biosphère. Il est urgemment nécessaire d’élargir ce point de vue, tout en tenant compte de deux risques majeurs liés à l’utilisation de machines intelligentes pour favoriser la gestion de la biosphère.

Les risques

Le premier risque est l’engouement, des médias notamment. Plus les pressions s’intensifient sur la planète et le système climatique, plus grand sera l’espoir que l’intelligence artificielle puisse contribuer à «résoudre» des problèmes sociaux, économiques et environnementaux extrêmement complexes. Il reste à déterminer quels avantages l’IA peut réellement offrir en matière de lutte contre le changement climatique (et à qui) et les évaluations existantes sont souvent optimistes à l’excès, compte tenu de ce que nous savons de l’évolution technologique. Toutes les hypothèses doivent être évaluées de manière rigoureuse et indépendante, au fur et à mesure de l’évolution et de la diffusion des technologies d’IA dans le temps.

Le second risque est l’accélération. Le déploiement des systèmes d’IA et des technologies connexes, dont l’IdO, la 5G et la robotique, pourrait se traduire par un déclin plus rapide de la résilience de la biosphère et une plus grande exploitation des combustibles fossiles et des matières premières sur lesquels sont basées ces technologies. Par exemple, les compagnies gazières et pétrolières cherchent de plus en plus à réduire les coûts en ayant recours à la numérisation. Selon une estimation, le marché des services numériques dans le secteur des énergies fossiles pourrait croître de 500% dans les cinq prochaines années, permettant aux producteurs pétroliers d’économiser environ 150 milliards de dollars par an.

Les technologies numériques, l’automatisation et l’intelligence artificielle présentent un potentiel inexploité tant pour renforcer la durabilité que pour optimiser la production.

Pour mettre la quatrième révolution industrielle au service de la durabilité, nous devons dès à présent veiller à mieux et plus précisément définir la finalité de ces technologies.

© Project Syndicate 1995–2021

Par
Le 6 mai 2021 à 10h50

à lire aussi

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026
Quoi de neuf

Article : Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026

L'Office national des aéroports (ONDA) a annoncé que le trafic aérien commercial dans les aéroports du Royaume a enregistré 8.913.041 passagers à fin mars 2026, soit une croissance de 11,15% par rapport à la même période de l'année précédente.

Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Football

Article : Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi

Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.

SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib

À Meknès, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza a indiqué que 450 communes rurales restent sans services financiers malgré une couverture de 60%. Il a aussi annoncé l’équipement de 50 coopératives en TPE et rappelé que 25% des programmes d’éducation financière ont ciblé le monde rural.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité