img_pub
Rubriques

Le prochain virus

Au moment où les pays développés commencent à croire qu’ils ont traversé le pire de la crise de la Covid-19, deux réalités frappantes se font sentir. Il semble tout d’abord évident à quel point la plupart des pays en développement subissent l’escalade des éclosions épidémiques du type que l’on constate en Inde.

Le 30 juin 2021 à 12h50

BRISBANE – Les conséquences d’une distribution des vaccins les plus efficaces de manière équitable et stratégique sont mises à nu. Deuxièmement, avec des variants du virus plus virulents et contagieux qui se déclarent encore, nous n’avons pas le luxe de retarder les travaux visant à établir un nouveau système international de préparation et de riposte aux pandémies. Nous devons amorcer ce projet dès maintenant. Heureusement, le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte aux pandémies (GIPR), coprésidé par l’ex-première ministre de la Nouvelle-Zélande Helen Clark et par une ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf, vient de publier un plan décrivant en détail la marche à suivre.

La question est maintenant de savoir si les autorités nationales sont prêtes à écouter, mais également à agir. La réponse déterminera si l’on peut empêcher les épidémies futures de se transformer en catastrophes mondiales. Je sais de l’expérience de mon propre gouvernement durant la pandémie de la grippe porcine (H1N1) de 2009 qu’il est crucial de contrer ces crises par des interventions immédiates, coordonnées à grande échelle. Grâce à huit mois de travaux par le GIPR, les responsables politiques sont maintenant dotés d’un ensemble complet de recommandations pour transformer le mode de gestion des risques de pandémie.

Création d'un conseil de sécurité sur les menaces sanitaires

Au cœur des propositions du groupe, on retrouve un appel pour un degré plus élevé de préparation et de riposte aux pandémies. L’appel a été lancé aux plus hauts échelons des directions politiques par l’entremise de la création d’un nouveau conseil de sécurité mondial sur les menaces sanitaires, qui serait sis au siège des Nations unies à New York. Le groupe a également proposé une Facilité internationale de financement (FIF) pour la vaccination qui contribuerait à répartir la charge des crises sanitaires mondiales futures. Que ce soit par des contributions directes ou par une sorte de contribution obligatoire, ce mécanisme financerait autant les mesures préparatrices que les interventions d’urgence dans les pays à faible et moyen revenu.

Le GIPR a offert la sorte d’encadrement formel, impartial et réalisable dont les autorités nationales ont besoin et, dans ce cas, qui l’ont réclamé auprès de l’Organisation mondiale de la santé. Il y a quatre ans, la Commission indépendante sur le multilatéralisme (ICM), dont j’étais le président) a tenté de sonner l’alarme sur la menace grandissante des pandémies dans son rapport Global Pandemics and Global Public Health (Pandémies et santé publique mondiale). Les membres de la commission étaient atterrés du piètre état de l’architecture de la santé mondiale à une époque où les crises sanitaires transfrontalières devenaient plus fréquentes et présentaient des risques sans précédent. Ces risques se sont depuis matérialisés sous la forme de la pandémie de la Covid-19.

Outre cet avertissement clair, le rapport de la commission a proposé une série de recommandations audacieuses visant à consolider le système multilatéral devant d’éventuelles crises sanitaires mondiales. Ses propositions pour des règles plus transparentes de vérification et des mécanismes d’alerte rapides se retrouvent dans les recommandations du GIPR, comme son appel pour un secrétariat de l’OMS autonome et doté de plus de moyens. Nous attendons toujours des progrès sur tous ces fronts.

Des institutions aux fondements inadéquats

Nous ne pouvons nous permettre de laisser le rapport du GIPR tomber lui aussi dans l’oubli. Et pourtant, c’est exactement ce qui semble se passer. La 74e Assemblée de la santé mondiale vient de voter un délai de six mois pour étudier le rapport du groupe avant même d’envisager une intervention. De tels retards sont simplement inacceptables.

La crise de la Covid-19 a confirmé la vérité dérangeante ressortant du rapport du GIPR, à savoir que la plupart des institutions nationales et internationales créées pour lutter contre les pandémies ne suffisent plus à la tâche, ou dont les fondements étaient inadéquats. Dès la fin de 2019 et au début de 2020 lorsque les réglementations sanitaires internationales ont échoué, l’épidémie de la Covid-19 est devenue une catastrophe mondiale. Et depuis lors, les mesures économiques nationales et internationales se sont avérées trop lentes, mitigées et non coordonnées, une lacune que l’architecture du G20 postérieure à la crise de 2008 était censée éviter.

La crise actuelle pourrait s’empirer, avant que la situation ne s’améliore. On constate déjà un effondrement des chaînes logistiques mondiales, ce qui pourrait avoir de terribles conséquences économiques, politiques et sanitaires. Il faut rectifier le tir pour pouvoir combattre non seulement des pandémies futures, mais également celle qui sévit en ce moment.

Le rapport du GIPR ne pouvait mieux tomber. Le sommet du G7 en Cornouailles du 11 au 13 juin est une occasion de concentrer nos efforts avec l’appui des échelons politiques les plus élevés. La Covid-19 a été très coûteuse pour nous tous. Le rapport de l’ICM de 2017 a anticipé ce qui arriverait un jour et a recensé les solutions que nous aurions besoin de mettre en œuvre. Il est primordial de s’appuyer sur les résultats du GIRP pour adopter des réformes concrètes et faire preuve d’un dynamisme réel, de sorte que cette pandémie soit la dernière à nous avoir pris au dépourvu.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2021

Par
Le 30 juin 2021 à 12h50

à lire aussi

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026
Quoi de neuf

Article : Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026

L'Office national des aéroports (ONDA) a annoncé que le trafic aérien commercial dans les aéroports du Royaume a enregistré 8.913.041 passagers à fin mars 2026, soit une croissance de 11,15% par rapport à la même période de l'année précédente.

Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Football

Article : Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi

Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.

SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib

À Meknès, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza a indiqué que 450 communes rurales restent sans services financiers malgré une couverture de 60%. Il a aussi annoncé l’équipement de 50 coopératives en TPE et rappelé que 25% des programmes d’éducation financière ont ciblé le monde rural.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité