Violence et vandalisme. La forte implication de mineurs interroge
Né de revendications légitimes, le mouvement GenZ212 a rapidement changé de visage. Dans plusieurs villes, ce ne sont plus les figures de la génération Z qui occupent le devant de la scène, mais des mineurs, parfois âgés d’à peine 12 ans, devenus acteurs de la casse. Une dérive qui interroge le rôle parental et sociétal.
Le mouvement GenZ212 voulait et veut porter les revendications d’une jeunesse consciente et connectée. Or, il a subi l’intrusion de nombreux mineurs, qui ont pris part aux manifestations non plus comme voix protestataires, mais comme acteurs et casseurs. Âgés d’à peine 12 ou 14 ans, parfois 15 ans au maximum, ils ont participé aux violences et actes de vandalisme.
Ce fut le cas dans la nuit du 1ᵉʳ octobre dans plusieurs villes, notamment à Agadir et à Salé, où des incidents graves ont eu lieu. Les protestations y étaient en effet moins animées par une conscience politique que par une énergie brute, incontrôlée et tournée contre le bien public.
De la revendication à la violence
La bascule est nette, ce ne sont plus les figures initiales de la Génération Z qui ont dominé l’espace dans certaines séquences. Selon les constats du ministère de l’Intérieur, 70% des participants à ces actes sont des mineurs et, dans certains cas, leur présence a atteint 100% des groupes impliqués.
Cette présence massive interpelle immédiatement sur le rôle des parents. Comment se fait-il qu’à des heures tardives, des mineurs à peine sortis de l’enfance ont pu s’engager dans des actes de vandalisme sans qu’aucune autorité domestique n'intervienne ?
Cette absence est plus qu’un détail sociologique, elle révèle un effacement des cadres familiaux, une défaillance d’encadrement qui fait reposer sur l’espace public les responsabilités éducatives. La société se retrouve ainsi à gérer une violence qui aurait dû être contenue par l’autorité parentale.
Casser ne construit rien. Casser, c’est effacer l’espace du dialogue
La contestation au départ reposait sur des demandes légitimes. Une santé meilleure, une éducation solide, un emploi et de la dignité, autant d’aspirations portées par une génération qui veut prendre en main son avenir.
Mais la dérive vers le vandalisme brouille les cartes. Elle réduit le capital de sympathie dont bénéficiaient ces revendications et décrédibilise, par la violence, des exigences pourtant universellement reconnues.
Violence des mineurs : quel diagnostic ?
Contacté par Médias24, le Dr Fouad Benbouazza, psychologue et sociologue, indique que la crise actuelle dépasse la seule dimension conjoncturelle. "La socialisation parentale n’a plus le monopole de l’éducation. Le portable, les réseaux sociaux, l’IA sont les vrais socialisateurs. J’appelle cela la socialisation de l’everywhere, c’est-à-dire provenant de n’importe où".L’école assume une responsabilité majeure dans cette dérive"C’est une faillite éducative de l’école néolibérale qui considère l’enfant non pas comme un être, mais comme un client, une faillite de l’école publique qui est devenue une institution sans âme. L’élève n’y est pas un client comme dans l’école privée, où il bénéficie d’un traitement favorable à sa dignité. L’institution publique est devenue un espace où se concentrent tous les phénomènes morbides au niveau éducatif. L’absence de sens critique et d’innovation dans le système éducatif marocain reproduit et recrée le sentiment de peur et de passivité", poursuit-il.
Pour Fouad Benbouazza, la mondialisation n’a pas seulement transformé l’économie, elle a aussi généré une profonde pression psychosociale sur la jeunesse marocaine.
"Le système économique actuel est très exigeant et exerce une pression énorme sur les jeunes. Les valeurs de performance et d’indépendance, entre autres, culpabilisent les jeunes lorsqu’ils ressentent leur incapacité à suivre le rythme élevé du système socioéconomique", précise-t-il.
Par ailleurs, notre interlocuteur insiste sur le rôle du gouvernement et sur la responsabilité des institutions politiques. "Les jeunes ne croient pas à la légitimité des institutions politiques, comme en témoignent un taux d’abstention élevé lors des élections et l’échec de l’intégration de la modernité politique occidentale dans le système politique marocain, encore gouverné par la tradition. Le manque d’écoute institutionnelle renforce ce désenchantement. Les jeunes d’aujourd’hui ne ressentent pas la représentativité politique et ne s’identifient pas aux modèles proposés", conclut-il.
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