Bourse de Casablanca. La performance en 2026 passera par le “stock picking” (CFG Research) (2/3)

Bourse de Casablanca, CFG Research, perspectives 2026, valorisation, marché actions, PER, stock picking, normalisation boursièreBourse de Casablanca
Par | Le 12/2/2026 à 12:02
La Bourse de Casablanca devrait entrer en 2026 dans une phase de normalisation, marquée par davantage de sélectivité, selon CFG Research. Quelles perspectives pour le marché dans ce nouveau cycle, et à quels niveaux de valorisation ?

La question de la valorisation et des perspectives du marché boursier en 2026 revient souvent. Les sociétés de recherche ayant publié leurs notes d’analyse s’accordent sur le fait que l’année 2026 sera marquée par davantage de sélectivité et par une phase de normalisation.

CFG Research, pour sa part, estime qu’à l’horizon 2026, la place casablancaise devrait amorcer une phase de consolidation, marquant une normalisation après un cycle "d’une vitalité exceptionnelle" entre 2022 et 2025.

Comment expliquer cette conclusion ? En effet, parmi les facteurs cités, on peut trouver les effets de rattrapage post-crises, l'engouement anticipatif lié à des événements sportifs, la transmission de l’accélération de l’investissement public aux secteurs exposés (bancaire, BTP et matériaux…), le pivot de la politique monétaire favorisant un arbitrage vers les actions, et l'élargissement de la cote via l’admission de valeurs de croissance.

Dans ce contexte de normalisation, CFG décrit un passage d’une croissance portée par des éléments "exceptionnels" à une dynamique "structurelle". Les multiples de valorisation devraient converger vers leurs moyennes historiques et la progression des cours dépendrait davantage de la croissance des résultats, mettant fin à l’ère de l’expansion des multiples alimentée par l’euphorie et la baisse des taux.

La performance deviendrait alors le reflet de la capacité des entreprises à exécuter leurs plans et générer des flux de trésorerie pérennes, d’où la priorité donnée à la sélectivité (stock picking).

La valorisation du marché

Pour évaluer la cohérence de ce scénario de stagnation/consolidation, CFG estime un PER théorique du marché via le différentiel entre :

  • la moyenne annuelle du taux sans risque (BDT 10 ans)
  • et l’inverse du PER constaté sur 2014–2024.

Sur cette base, CFG indique un écart moyen (“spread”) de 1,88 % sur les dix dernières années. En appliquant cet écart au taux sans risque actuel de 3,08 %, CFG détermine un “earnings yield”, puis en déduit un PER théorique autour de 20,2x, à comparer à un PER 2026E projeté de 20,6x.

La convergence quasi-totale (écart marginal d’environ 2%) conduit CFG à considérer que le marché est proche de son point d’équilibre et traite à sa “juste valeur”, ce qui corrobore mathématiquement le scénario de consolidation pour 2026E.

Un marché globalement "correctement valorisé", mais des disparités sectorielles marquées

Au-delà de la cohérence globale de la valorisation, une lecture granulaire fait ressortir des disparités sectorielles importantes.

À titre d’exemple, trois valeurs de taille conséquente : Managem, TAQA Morocco et Marsa Maroc, représentant 22% de la capitalisation globale, traiteraient à des niveaux élevés, supérieurs à 40x les bénéfices 2026E.

À l’inverse, les banques, décrites comme les principales locomotives de croissance en 2026E selon CFG, traiteraient en général à moins de 15x les bénéfices, soit un niveau inférieur au PER théorique du marché.

Dans son exercice visant à estimer le potentiel intrinsèque, CFG fait le choix de neutraliser les valeurs affichant un PER 2026E supérieur à 40x, considérant qu’elles intégreraient déjà pleinement les relais de croissance annoncés.

CFG détaille, à titre d’illustration, ce que le marché semble intégrer dans ces cas :

  • Marsa Maroc : croissance attendue avec la mise en exploitation du port de Nador West Med à partir de 2027E (deux terminaux opérés par le groupe), accélération de l’activité conteneurisée domestique, potentiel de nouvelles concessions (Dakhla Atlantique, Kénitra Atlantique, Safi Grands Vracs) et poursuite des efforts d’internationalisation (Afrique, puis Espagne dans un premier temps).
Loading...

Source: medias24.com

  • Managem : le texte indique que le titre se négocie à 101x les bénéfices 2026E (contre 32x en moyenne 2013–2024) et que le marché intégrerait notamment des annonces de projets futurs (dont un objectif de production d’or à 523.000 onces à l’horizon 2028E contre 183.000 onces en 2024), le développement du pôle énergétique, et la hausse récente des cours des métaux précieux.
Loading...

Source: medias24.com

  • TAQA Morocco : le texte mentionne un niveau de 45x les bénéfices 2026E, lié à plusieurs projets annoncés dont l’impact financier et les échéances ne sont pas précisés dans la note (hydrogène vert et dérivés, énergies renouvelables, transport d’électricité, centrales à gaz naturel, dessalement, transport d’eau).
Loading...

Source: medias24.com

Potentiel résiduel du marché : une marge de revalorisation ajustée à 8%

Le potentiel "résiduel" du marché doit toutefois être distingué selon la méthodologie retenue. Une fois les valeurs affichant des multiples de valorisation élevés (PER 2026E supérieurs à 40x) retirées, le PER 2026E retraité du marché ressortirait à 17x, ce qui fait apparaître un potentiel de hausse théorique pouvant atteindre 18 %.

 Néanmoins ce potentiel est difficilement atteignable en pratique. Historiquement, et à l’exception de certaines histoires de très forte croissance, les banques qui pèsent lourd dans la cote ont rarement traité à plus de 15x les bénéfices, un niveau inférieur au PER du marché.

Sur cette base, CFG procède à un ajustement du PER théorique afin de tenir compte de la structure réelle de la cote. Le PER théorique ajusté ressort alors à 18,4x, ce qui ramène la marge de revalorisation à environ 8 %.

CFG recommande d’opérer un stock picking et de favoriser des valeurs décotées avec des fondamentaux robustes et des leviers de croissance durables.

Le rôle des taux : stabilité attendue, avec un biais potentiellement favorable et volatilité

L’appréciation future des cours étant désormais tributaire des performances bénéficiaires des sociétés et des facteurs exogènes imprévus, toute chose étant égale par ailleurs. Ainsi, toutes éventuelles tensions sur les taux viendraient impacter le PER théorique et de facto modifier la trajectoire du marché.

En effet, nous n’excluons pas une éventuelle baisse du taux directeur, qui par effet de diffusion, viendrait détendre les taux obligataires et favoriserait davantage l’arbitrage en faveur du marché action.

Le scénario contraire, marqué par une remontée des taux dans la durée, nous semble à ce stade fort improbable, tenant compte :

(i) du retour de l’inflation à ses niveaux historiques inférieurs à 2 %.

(ii) la bonne maitrise des besoins de financement de l’Etat grâce à l’amélioration tendancielle du solde budgétaire, la capacité de l’Etat à se financer à l’international à des conditions avantageuses et la bonne exécution des mécanismes de financement innovants.

Enfin, malgré la solidité des fondamentaux et la résilience du Maroc face aux chocs exogènes, la performance du marché actions n’est pas à l’abri de turbulences géopolitiques. Des épisodes de forte volatilité liés à des crises de panique périodiques ne sont pas exclus, et la prudence est de mise.

Bourse de Casablanca : le marché actions est-il cher ou abordable ?

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
lire aussi

Un proche vous offre cet article

Inscrivez-vous gratuitement pour lire cet article, habituellement réservé aux lecteurs abonnés.

Vous êtes déjà inscrit ? Se connecter