À la Bourse de Casablanca, la normalisation et la sélectivité constituent aujourd’hui le principal consensus des analystes pour l’année 2026. Après deux exercices particulièrement porteurs, le marché actions marocain entre dans une phase où la performance devrait davantage dépendre de la capacité à sélectionner les bons dossiers, plutôt que d’un mouvement haussier généralisé.
L’année 2025 a, en effet, été marquée par une très belle dynamique de la Bourse de Casablanca. L’indice MASI a progressé de plus de 27%, enchaînant les records et atteignant un pic de 20.000 points, avant de revenir vers des niveaux autour de 18.000 points. La capitalisation boursière a poursuivi son amélioration. On parle de plus de 1.000 MMDH et d'un flottant aussi intéressant.
Ce contexte montre que le marché a bien performé et que les valorisations se sont ajustées sur plusieurs segments. Pour 2026, la trajectoire globale du marché n’est pas remise en cause, mais elle s’inscrit dans une logique de normalisation et de sélectivité, comme nous l’avons expliqué dans nos précédents articles.
Dès lors, la question qui se pose naturellement est celle de la stratégie d’investissement à adopter. Dans un environnement marqué par une partie du potentiel déjà consommée, mais non épuisée, et par une exigence accrue sur les fondamentaux, la stratégie d’investissement Value a-t-elle encore sa place en 2026 ?
La stratégie Value a-t-elle encore sa place en 2026 ?
La stratégie d’investissement Value consiste à investir dans des entreprises solides dont le cours en bourse ne reflète pas encore pleinement la qualité des fondamentaux, comme la rentabilité, la génération de cash ou la visibilité des résultats.
"Oui effectivement, la question de la stratégie Value se pose naturellement dans le contexte actuel du marché. Après une forte progression, la Bourse de Casablanca aborde une phase plus mature, marquée par une normalisation des rythmes de performance et une exigence accrue sur les fondamentaux", commente un analyste de la place.
"Dans cet environnement, l’enjeu pour l’investisseur n’est plus seulement de s’exposer au marché, mais de choisir avec discernement les entreprises capables de délivrer une création de valeur durable", ajoute-t-il.
"Contrairement à une idée répandue, la stratégie Value ne consiste pas uniquement à acheter des titres faiblement valorisés de manière mécanique. Elle repose avant tout sur une discipline d’investissement, qui vise à identifier des entreprises dont le prix de marché ne reflète pas pleinement la qualité des fondamentaux, la visibilité des résultats ou la capacité de génération de cash-flow. Autrement dit, la Value ne s’oppose pas à la croissance ; elle s’intéresse au prix payé pour cette croissance".
"Donc oui, dans un marché devenu plus sélectif, cette approche retrouve tout son sens. La normalisation attendue en 2026 implique que la performance ne sera plus portée par une expansion généralisée des multiples, mais par la croissance effective des bénéfices et l’exécution opérationnelle des entreprises".
"Dans ce cadre, la Value apparaît moins comme une stratégie contrariante que comme une méthode rationnelle d’allocation du capital, visant à limiter le risque de survalorisation tout en captant le potentiel encore disponible", ajoute-t-il.
"La stratégie Value permet ainsi de replacer les fondamentaux au cœur de la décision d’investissement. Elle favorise une lecture plus fine du marché, fondée sur la qualité des bilans, la récurrence des revenus et la capacité des entreprises à traverser différents cycles économiques. Dans un environnement où une partie du potentiel a déjà été consommée mais où les perspectives demeurent favorables, cette discipline constitue un outil pertinent pour construire une performance plus régulière et maîtrisée".
"In fine, il faut distinguer ce qui est déjà intégré dans les cours de ce qui ne l’est pas encore, dans un contexte où une grande partie des informations positives est aujourd’hui déjà reflétée dans les prix des actions. Lorsque les perspectives font consensus, une part du potentiel de performance se trouve mécaniquement intégrée dans les valorisations. La stratégie Value vise précisément à éviter de payer cette anticipation, en privilégiant des entreprises aux fondamentaux solides dont le prix ne reflète pas encore pleinement ces éléments", conclut-il.
Où se situent concrètement les opportunités Value en 2026 ?
En 2026, le marché actions marocain ne présente pas un profil homogène en matière de valorisation. Les données de marché montrent au contraire des écarts très marqués entre secteurs, ce qui constitue le principal terrain d’expression d’une approche Value sélective.
D’un côté, certains segments déjà identifiés comme moteurs de croissance traitent à des niveaux de valorisation élevés. Plusieurs grandes capitalisations concentrant une part significative de la capitalisation boursière se négocient à plus de 40 fois les bénéfices attendus en 2026, ce qui montre une intégration avancée des relais de croissance futurs dans les cours. Ces niveaux supposent une exécution irréprochable pour prolonger la performance.
À l’inverse, d’autres secteurs affichent des profils de valorisation nettement plus modérés, malgré une contribution attendue tangible à la croissance des résultats. Le secteur bancaire, par exemple, figure parmi les principaux contributeurs à la hausse de la masse bénéficiaire en 2026, tout en traitant majoritairement à moins de 15 fois les bénéfices, soit un niveau sensiblement inférieur à la moyenne du marché, estimée autour de 20 fois les résultats 2026. Cet écart reflète une valorisation encore disciplinée au regard de la visibilité bénéficiaire du secteur.
Selon un autre analyste de la place, "les télécommunications constituent l’un des terrains les plus lisibles pour une approche Value en 2026. Les valorisations y demeurent contenues, malgré des modèles économiques fondés sur des revenus récurrents et une génération de cash-flow régulière. Le secteur affiche une performance boursière plus modérée sur la période récente, tout en conservant des fondamentaux solides et une visibilité élevée, ce qui renforce son attrait dans un contexte de marché plus sélectif".
"Dans le BTP et les matériaux de construction, la lecture est similaire. Ces segments bénéficient directement de la dynamique d’investissement domestique et figurent parmi les contributeurs attendus à la croissance des résultats en 2026".
"Pourtant, les multiples de valorisation observés restent inférieurs à ceux des segments les plus recherchés du marché, ce qui illustre une intégration encore partielle des perspectives à moyen terme dans les cours".
"Le secteur de la santé présente également un profil compatible avec une logique Value. Malgré une visibilité structurelle sur la demande et une résilience éprouvée, la performance boursière y est restée plus contenue, ce qui se reflète dans des niveaux de valorisation encore modérés par rapport à la qualité des fondamentaux".
"Pris dans leur ensemble, ces constats montrent que le marché marocain en 2026 n’est ni uniformément cher ni uniformément bon marché. Il apparaît correctement valorisé dans sa globalité, mais traversé par des disparités sectorielles marquées, qui constituent le principal levier d’une stratégie de sélection".
Dans ce paysage, "le secteur minier s’impose clairement comme l’un des piliers de croissance du marché en 2026. Sur le plan boursier, le MASI Mines affiche une progression de 31,37%. Le secteur est lié aux évolutions des métaux précieux ayant bien tenu ce début d’année 2026. Ce positionnement en fait un moteur de performance identifié, tandis que l’approche Value trouve davantage à s’exprimer dans des secteurs où la croissance attendue des résultats n’est pas encore pleinement reflétée dans les prix", conclut-il.
Bourse de Casablanca. La performance en 2026 passera par le “stock picking” (CFG Research) (2/3)