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ECONOMIE

Après des années de sécheresse, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce exceptionnelle

La campagne agricole 2025-2026 s’annonce exceptionnelle. C’est ce que s’accordent à dire plusieurs sources du secteur contactées par nos soins. Une tendance également confirmée ce jeudi 12 mars en Conseil de gouvernement par le chef du gouvernement et le ministre de l’Agriculture. Le point sur la situation actuelle.

La campagne agricole 2025-2026 s’annonce exceptionnelle
La campagne agricole 2025-2026 s’annonce exceptionnelle
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Le 13 mars 2026 à 14h19 | Modifié 13 mars 2026 à 15h09

Après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse, l’agriculture marocaine retrouve enfin des couleurs. Grâce à des précipitations abondantes et bien réparties, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce nettement meilleure que les précédentes, suscitant un regain d’optimisme chez les agriculteurs.

Des précipitations de 462 mm au 11 mars, en hausse de 134 % par rapport à l’an passé

Selon les données présentées ce jeudi 12 mars 2026 par le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, en Conseil de gouvernement, les précipitations enregistrées entre le 1er septembre 2025 et le 11 mars 2026 ont atteint une moyenne nationale de 462 mm, soit une hausse de 56% par rapport à la moyenne des trente dernières années et de 134% par rapport à la campagne précédente. Ces pluies ont concerné la majorité des régions agricoles du Royaume, notamment le Nord, le Gharb, la Chaouia, la Doukkala et le Saïss.

Pour les spécialistes du secteur, ces conditions climatiques favorables devraient se traduire par une amélioration notable des performances agricoles. "La campagne agricole 2025-2026 est exceptionnelle lorsqu’on la compare aux cinq dernières années, qui étaient mauvaises", nous confie Pr Mohamed Taher Sraïri de l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) Hassan II de Rabat, joint par nos soins.

"Bien que nous ne soyons qu’à la mi-mars, nous sommes quasiment certains que le résultat sera meilleur que la moyenne des vingt dernières années, sauf risque majeur", estime notre interlocuteur.

"Les céréales, principal baromètre de l’agriculture nationale, se présentent particulièrement bien cette année", ajoute l'expert agricole. "Dans plusieurs régions semi-arides comme celles situées au sud de Casablanca, les cultures affichent un développement jugé très satisfaisant à ce stade, contraste frappant avec les campagnes récentes marquées par des déficits hydriques importants".

3,9 millions d’hectares de céréales d’automne emblavés

En effet, d’après le ministère de tutelle, la superficie emblavée en céréales, légumineuses et cultures fourragères a atteint 4,5 millions d’hectares actuellement, dont 3,9 millions d’hectares de céréales d’automne (les trois principales cultures céréalières). Cela représente une augmentation de plus de 48% par rapport à la campagne agricole précédente.

Et Pr Sraïri de souligner : "On a longtemps pensé que l’irrigation était prioritaire, et on a oublié l’agriculture pluviale qu’il faut encourager et encadrer, parce que c’est elle qui détermine les performances globales du secteur".

"L’année en cours est donc une très bonne année, sauf risque majeur d’un chergui qui perturberait le remplissage des grains, car nous sommes actuellement au stade de l’épiaison (la formation des épis)".

Les professionnels du secteur attendent toutefois de pied ferme les indicateurs relatifs aux performances des céréales, notamment le chiffre de la production annuelle, qui devrait être communiqué en avril par le ministère de l’Agriculture. "Ce chiffre constitue également un indicateur indirect de la production de paille, ce qui renvoie à la situation du cheptel, à la disponibilité des aliments pour l’élevage, mais aussi aux parcours naturels, qui sont fondamentaux pour le bétail".

"Tout ceci montre que l’on revient aux fondamentaux de l’agriculture internationale, à la fameuse intégration céréales-élevage qui a toujours été la première marque de fabrique de l’agriculture méditerranéenne. Et on ne peut pas vraiment changer cela, parce que la nature est ainsi faite".

Barrages : un taux de remplissage de 71%

D’après le ministère de l'Agriculture, la situation agricole actuelle est principalement due à l’amélioration de la situation hydrique, notamment au niveau des barrages. En effet, les apports hydriques ont permis d’élever les réserves des barrages nationaux à environ 12,3 milliards de m³ (MMm3), soit un taux de remplissage d’environ 71%.

Le volume des barrages destinés à l’irrigation a également augmenté de 164% par rapport à la même période de la campagne précédente. Une situation qui permettra d’assurer les besoins en eau d’irrigation pour les cultures en place, le lancement des programmes de cultures de printemps et d’été, en plus du lancement du programme d’irrigation durant la prochaine saison dans de bonnes conditions.

La reprise de l’activité agricole dans les périmètres irrigués devrait aussi contribuer à rééquilibrer plusieurs filières de production, notamment celles du lait, de la viande, du sucre et des légumes, tout en soutenant la création d’emplois.

Des conditions favorables pour la plupart des cultures, mais une pression accrue sur la main-d’œuvre

Outre les céréales, le ministère a également fait le point sur d’autres cultures, notamment les cultures sucrières. D'après lui, "malgré les contraintes liées à l’eau d’irrigation en début de campagne, les efforts déployés ont permis d’atteindre une superficie de 44.000 hectares, soit une hausse de 21% par rapport à la campagne précédente". Il précise toutefois qu’environ "11.000 hectares de cultures sucrières ont été affectés par les inondations dans les régions du Gharb et du Loukkos".

Pour ce qui est des cultures maraîchères, "la superficie cultivée en automne a atteint 100.000 hectares à la mi-décembre, profitant des précipitations enregistrées. Ces cultures contribuent actuellement à l’approvisionnement du marché national dans de bonnes conditions. Cette dynamique s’est poursuivie durant la campagne d’hiver, avec plus de 57.000 hectares de légumes cultivés, dépassant ainsi le niveau moyen des superficies réalisées chaque année".

Même son de cloche pour les arbres fruitiers. "La production des arbres fruitiers a enregistré des résultats record", souligne le ministère, "grâce aux précipitations du printemps 2025".

"Cette situation a favorisé l’entrée en production de nouveaux vergers, entraînant une abondance de la production. Toutefois, cette abondance a également entraîné une forte pression sur la main-d’œuvre agricole, notamment pendant les périodes de pointe liées à la récolte, au ramassage et au conditionnement, ce qui a constitué un véritable défi pour plusieurs producteurs".

Il en est de même pour le cheptel national, qui profitera de la régénération du couvert végétal et d’une amélioration notable de la production fourragère dans les parcours naturels. Une situation qui contribuera à renforcer les résultats du programme de reconstitution du cheptel national, consolidant ainsi les acquis de la première phase de ce programme.

L’impact des inondations reste limité par rapport à la production attendue

Interpellé sur l’impact des inondations dans certaines zones du pays, Pr Sraïri a souligné qu’elles "ont principalement touché le nord du Maroc, notamment le Gharb. Il y a eu des dégâts bien sûr, mais, grosso modo, je dirais que c’est presque le prix à payer pour avoir de l’eau dans les zones arides ou les moins arrosées".

"Le Gharb a toujours été en proie à des inondations de ce type, qui surviennent généralement tous les dix à quinze ans. Il va y avoir des pertes, notamment sur les céréales, mais celles-ci seront très largement compensées par les résultats positifs enregistrés dans les autres régions".

De plus, "une série de mesures pour venir en aide aux agriculteurs du Gharb et du Loukkos, notamment en favorisant les cultures de printemps comme le maïs ou le tournesol".

Il est important que les pluies se maintiennent jusqu'à fin mars - début avril

Notre expert espère toutefois que les pluies se poursuivront jusqu'à fin mars à début avril "parce que les agriculteurs ont semé un peu tardivement".

"Cela s’explique notamment par l’impact psychologique des dernières années, dû à l’inflation ayant renchéri les coûts de production. Les agriculteurs ont parfois peur d’investir dans des cultures qui ne rapportent rien lorsque la sécheresse dure longtemps. Il est donc important que les pluies se maintiennent, ou qu’elles restent régulières, par exemple une fois par semaine ou par quinzaine, comme cela a été le cas jusqu’ici".

"Il faudrait également éviter une augmentation spectaculaire des températures", ajoute notre expert, "qui pourrait affecter certaines cultures. Ce n’est pas vraiment le cas pour les céréales, mais cela pourrait toucher davantage l’arboriculture".

"Malgré cela, nous restons très optimistes pour l’ensemble des composantes du secteur agricole, à savoir l’arboriculture, le maraîchage, les céréales, les fourrages et le bétail lui-même".

"Aujourd’hui, nous sommes dans une situation beaucoup plus favorable, à la fois sur le plan agricole et sur le plan hydrique, de manière générale", conclut Pr Mohamed Taher Sraïri.

Médias24 reviendra dans un nouvel article sur la situation agricole dans les principales régions du pays.

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Le 13 mars 2026 à 14h19

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