Le mystère de la sardine. Pourquoi ce poisson déserte-t-il nos côtes atlantiques ?
La sardine se fait de plus en plus rare sur les côtes atlantiques marocaines. Entre flambée des prix, volumes insuffisants et inquiétudes des pêcheurs, la situation interroge.
Le volume de poissons pélagiques (sardines, anchois et chinchard) pêchés durant les mois de janvier et février 2026 a diminué de 38% par rapport à la même période en 2025.
D’après le dernier rapport de l’Office national des pêches (ONP), les deux premiers mois de l'année 2026 ont totalisé 18.462 tonnes contre 29.565 t l’année dernière.
Des reculs significatifs ont ainsi été enregistrés dans les grands ports, notamment à Safi (-45%), Boujdour (-72%), Agadir (-26%) et Dakhla (-9%). À l'exception de Laâyoune (+267%) et Tan-Tan (+34%), qui affichent une dynamique positive.
Au-delà des aléas météorologiques, la levée du repos biologique a mis en évidence une situation inédite cette année, où la sardine se fait de plus en plus rare et présente un calibre insuffisant pour être commercialisée, un phénomène observé principalement dans la zone atlantique sud.
Raréfaction des pélagiques : la situation est similaire en Afrique de l’Ouest
Durant le mois de Ramadan, le prix de la sardine a connu des fluctuations, entre 20 et 35 dirhams le kilo, qui restent incompréhensibles pour le consommateur. Cette instabilité s'explique par le poids des intermédiaires, mais aussi par les effets plus discrets du changement climatique.
Ce phénomène est particulièrement constaté dans les pêcheries méditerranéennes, où la ressource pélagique se raréfie, et devrait s'amplifier sur la façade atlantique du fait d'une forte pression de pêche.
En Mauritanie, le constat est similaire avec des poissons de plus en plus rares et des prix à la hausse. D’après un reportage d’Euronews, la situation y est d'autant plus critique que plusieurs espèces sont menacées de disparition face à la présence massive de navires industriels étrangers dans l'espace maritime mauritanien. Cette surexploitation menace directement les moyens de subsistance d'une communauté de pêche locale représentant environ 300.000 emplois.
Une dynamique régionale s'organise face à ces défis communs. La Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau ont récemment décidé d'instaurer plusieurs mesures conjointes : un repos biologique harmonisé à l'échelle des quatre pays, une taille minimale de capture fixée à 18 centimètres, l'interdiction d'utiliser la sardine pour la production de farine et d'huile de poisson, la protection stricte des sites de nurserie et de frai.
Hausse des températures et péril sur les frayères des sardines
Le point commun entre le Maroc et ces pays d'Afrique de l'Ouest réside dans le courant d'upwelling canarien. Il s'étend des côtes marocaines au nord jusqu'en Guinée au sud et correspond à l'une des quatre zones d'upwelling les plus riches au monde.

Alimenté par les vents, ce courant remonte les eaux profondes, riches en nutriments, vers la surface de l'océan, favorisant ainsi la croissance du phytoplancton, source essentielle de nourriture pour les poissons pélagiques.
Cependant, cet équilibre n'a rien de figé. Les dérèglements climatiques, en amoindrissant les apports nutritionnels, fragilisent la base de la chaîne alimentaire marine et compromettent la survie des espèces, notamment pendant leurs phases de reproduction.
La sardine est d'ailleurs une espèce très exigeante qui a besoin d'une eau comprise entre 14 et 18 °C pour s'épanouir. Lorsque l'océan se réchauffe ou que l'environnement change, les bancs de poissons sont contraints de déménager et modifient leurs trajets migratoires, fuyant vers le nord ou vers le sud pour trouver des eaux plus accueillantes.
C'est au moment de la reproduction que la sardine est la plus vulnérable. La ponte a lieu principalement en hiver et un peu au printemps, expliquant au passage pourquoi la pêche bat son plein au début de l'été.
Une étude scientifique (Abdelouahab et al., 2021) a démontré que les œufs ne survivent que sous des conditions très strictes. Ils exigent une eau de surface oscillant autour de 20 °C, une faible salinité et une zone très riche en plancton. Si un seul de ces éléments manque à l'appel, la reproduction échoue.
Le passé récent témoigne de cette vulnérabilité. La hausse des températures océaniques causée par le courant chaud El Niño en 1998 avait déjà anéanti les conditions propices au frai. Loin d'être un événement isolé, ce type de réchauffement s'est répété à plusieurs reprises récemment dans l'Atlantique, un constat largement documenté par les derniers rapports climatiques.

Au Maroc, l’année 2025 a été marquée par une production très modeste de poissons pélagiques, avec un volume plafonnant à 909.000 tonnes, contre 1,1 million de tonnes en 2024. Cette tendance baissière se confirme malheureusement en ce début d'année 2026. Les débarquements de la pêche côtière et artisanale, incluant les poissons blancs, pour les mois de janvier et février se situent bien en deçà des niveaux de l'année précédente, illustrant la spécificité préoccupante de la conjoncture actuelle.
Face à cette situation, la période à venir nécessite l'ouverture d'un débat fondé sur une approche participative, afin de présenter les faits scientifiques. L'INRH, qui assure un suivi permanent des pêcheries, et le ministère de tutelle doivent jouer un rôle clé pour éclairer, en toute transparence, la réalité du secteur et faire émerger une nouvelle vision de l'exploitation rationnelle des ressources, garantissant à la fois leur durabilité et la préservation des emplois générés par ce secteur.
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