Les tarifs de la responsabilité civile (RC) automobile devraient augmenter d’environ 5% à partir d’avril 2026, dans le sillage de la révision du barème d’indemnisation des accidents de la circulation. Plusieurs assurés ont déjà reçu des notifications de la part de leur compagnie d’assurance annonçant cette hausse. Sur les réseaux sociaux, certains expriment leur inquiétude face à cette augmentation, tandis que d’autres confondent la hausse de la RC avec celle de la prime. Voici ce qu’il faut comprendre.
Comme l’a expliqué le vice-président de la Fédération marocaine de l’assurance (FMA), Bachir Baddou, dans un précédent échange avec Médias24 : "Les estimations d’impact de ce changement réglementaire sur le tarif sont de l’ordre de 5% par an, appliquées progressivement sur la période 2026-2030, ce qui représenterait, au terme de cinq ans, une augmentation cumulée de l’ordre de 24% à 25% de la prime de responsabilité civile".
Cette évolution concerne un segment central du marché. En 2025, la branche automobile a généré 16,4 milliards de dirhams de primes, dont 13,4 milliards au titre de la responsabilité civile, qui en constitue la composante dominante.
Qui est réellement concerné par cette hausse ?
Contactée par Médias24, une autre source professionnelle connaissant bien le secteur de l’assurance explique que cette augmentation de 5% "est une hausse, disons, consécutive, qui découle du changement et de l’augmentation du barème d’indemnisation des accidents de la circulation. L’évaluation de cette majoration, ou ajustement technique, a été faite sur la base des données du marché".
"En principe, toutes les compagnies seront amenées à appliquer cette majoration à partir d’avril. Normalement, cela devait être appliqué à partir du 1ᵉʳ février, la publication de l’arrêté ayant été faite le 29 janvier".
"Maintenant, pour assurer un déploiement sur les systèmes d’information, selon le processus de renouvellement de l’ensemble des compagnies d’assurance, je pense que les compagnies n’étaient ni en mesure ni préparées pour appliquer cette augmentation avant le 1ᵉʳ avril", ajoute-t-il.
"Donc j’imagine que cela devrait être d’ordre général chez tout le monde. Et s’il y a une compagnie qui risque de rater cette échéance, ce sera davantage lié à une capacité de mise en œuvre qu’à une volonté de ne pas le faire, parce que c’est un ajustement technique direct découlant de l’application de ce nouveau barème".
En principe, toutes les compagnies seront amenées à appliquer cette majoration à partir d’avril
"Pour l’instant, on a reçu le terme d’une compagnie qui applique une hausse de 4,9%. Pour les autres, je n’ai pas encore de visibilité précise, mais globalement, on s’oriente vers des niveaux proches sur le marché", explique un courtier d’assurances.
"Les compagnies d'assurances (cies) n'ont pas encore activé l'augmentation même s'ils ont envoyé un courrier pour l'annoncer. À priori, cette augmentation prend effet le 01/04 mais n'est pas encore déployée à ce jour sur les extranet des compagnies même pour les contrats du 01.04".
Est-ce que cela concerne tous les portefeuilles ?
"Oui, cela concerne tous les usages automobiles couverts par la responsabilité civile automobile", précise notre interlocuteur. "Par contre, les contrats en cours ne sont pas concernés. Cela veut dire qu’à chaque prochaine échéance d’un contrat, le renouvellement ou la souscription d’un nouveau contrat se fera avec cette majoration", poursuit notre source du secteur d'assurance.
Les contrats en cours ne sont pas concernés
Par exemple, un contrat qui évolue en cours de 2026 ne sera concerné qu’à son échéance, par exemple au 1ᵉʳ janvier 2027. À ce moment-là, lors du renouvellement, l’assuré constatera l’application du nouveau tarif.
"On prend aussi une bonne partie du portefeuille automobile entreprise, les flottes. Leur échéance est souvent au 1ᵉʳ janvier. Il se trouve que ce portefeuille est déjà renouvelé, donc il ne sera concerné par l’augmentation qu’au prochain renouvellement", explique-t-il.
"Concernant la différence entre les compagnies d’assurance, il n’y a pas un tarif unique. Combien cela va coûter ? Pour avoir une estimation, l’Autorité a évalué l’impact du nouveau barème sur la base des données du marché. Elle a considéré que l'impact serait d’environ 5%".
"C’est donc une évaluation moyenne d’impact, qui a été reprise par les compagnies d’assurance. Maintenant, il n’existe pas un tarif unique. Le tarif dépend de plusieurs paramètres : l’usage, le carburant, la puissance fiscale, la cylindrée, le poids total en charge, etc."
Donc, plusieurs paramètres définissent le tarif. Mais en moyenne, ces tarifs seront ajustés selon ce taux d'évaluation marché.
"On s’attend aussi à ce que les critères de tarification soient un peu plus ouverts, parce qu’aujourd’hui il y a une limitation en termes de paramètres. Probablement que l’on verra des tarifs varier davantage d’une compagnie à une autre, en fonction des paramètres de tarification qui seront définis par le régulateur", conclut-il.
Une réforme qui agit sur les indemnisations
La loi n°70-24, publiée au Bulletin officiel fin janvier 2026, modifie en profondeur le barème d’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation, en revalorisant les bases de calcul. Le texte relève notamment le revenu de référence utilisé pour indemniser les victimes, qui passe progressivement d’environ 9.270 DH à 14.270 DH, et augmente le plafond des revenus pris en compte, désormais fixé à 1 million de dirhams contre 640.000 DH auparavant. Par ailleurs, le tableau d’indemnisation a été entièrement revu, en croisant l’âge de la victime, son revenu et un capital de référence actualisé.
Concrètement, ces changements se traduisent par des indemnisations plus élevées en cas de sinistre corporel. Cette hausse des indemnités alourdit mécaniquement la charge des sinistres pour les assureurs. Or, ces coûts doivent être couverts par les primes de responsabilité civile automobile afin de maintenir l’équilibre technique du système. En conséquence, sans que la loi ne le mentionne directement, son application conduit à un ajustement des tarifs, supporté in fine par les assurés.
Concrètement, ces changements se traduisent par des indemnisations plus élevées en cas de sinistre corporel
RC automobile : les notions clés
La responsabilité civile automobile (RC) est une garantie obligatoire qui couvre la responsabilité civile de l’assuré pour les dommages corporels ou matériels causés à des tiers par le véhicule assuré, à la suite d’un accident.
>> Qui est l’assuré ?
- Le souscripteur du contrat
- Le propriétaire du véhicule
- Toute personne autorisée à conduire le véhicule
>> Qui est indemnisé ?
- Les tiers (personnes ou biens), à l’exception notamment du conducteur responsable
>> Ce que la RC ne couvre pas :
- Les dommages subis par le conducteur du véhicule assuré
- Les dommages au véhicule assuré
Assurance auto : le tarif de la RC va augmenter progressivement
Assurance auto : les premiers détails de la réforme du barème d'indemnisation vieux de 40 ans
