Pension alimentaire. “La majorité des femmes qui ont la garde de l’enfant en supportent largement les frais” (Nouzha Skalli)
L’État doit-il prendre en charge les responsabilités du père qui se défile face au paiement de la pension alimentaire ? Faut-il reconsidérer l’apport de la mère pendant le mariage et après le divorce ? Comment promouvoir la culture de l’égalité parentale ? Voici l’éclairage de Nouzha Skalli, ex-ministre de la Famille et militante de la cause féminine.
Durant ces vingt années d’application de la Moudawana, la question de la pension alimentaire a souvent été débattue, notamment en raison des nombreux conflits qui en découlent, y compris sur le plan judiciaire.
À la veille d’une réforme tant attendue, la question de savoir quelle formule adopter pour assurer le paiement de la pension alimentaire se pose à nouveau. Faut-il responsabiliser l’État ? Ou bien devrait-on instaurer une solidarité parentale ? L’implication des mères qui ont la garde n’est-elle pas suffisante ? Avant de répondre à ces questions, Nouzha Skalli, contactée par Médias24, tient à rappeler des constats concernant l’apport des femmes dans les familles d’un point de vue financier, et l’injustice qu’elles subissent quant à l’évaluation de leurs activités.
Le pouvoir de tutelle doit être partagé
Pour cette militante de la cause féminine, “la majorité des femmes qui ont la garde de leur enfant en supportent largement les frais. Puisque la priorité est donnée aux mères dans l’octroi de la garde, la pension que verse le père n’est qu’une faible contribution à la prise en charge de cet enfant. Malgré cela, il dispose d’un pouvoir exclusif sur l’enfant à travers la tutelle légale”.
Selon Nouzha Skalli, “il ne faut plus que le père ait l’exclusivité de ce pouvoir. Ce dernier doit être partagé entre les parents. Si c’est la mère qui obtient la garde, c’est à elle que doit revenir la tutelle. Si les parents sont toujours mariés, la tutelle doit être partagée car la femme n’est pas une mère porteuse ; c’est elle qui porte l’enfant, qui le met au monde, l’allaite et s’en occupe. En fin de compte, il est ‘au nom’ du père, et c’est lui qui a le pouvoir sur lui”.
“En cas de divorce, la garde est concédée à la mère, mais avec la menace que son enfant lui soit retiré si elle se remarie. Il faut établir des rapports tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant et de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes”, poursuit-elle avant de préciser qu’une “enquête de terrain, qui a duré une année dans différentes régions du Royaume, a permis de mettre l’éclairage sur l’important nombre de femmes abandonnées avec leurs enfants”.
Et d’ajouter : “Il faut reconsidérer l’évaluation du travail fait par les femmes. Les chiffres s’entêtent à ne pas reconnaître leur apport. Par exemple, selon le HCP, 16% des familles ont pour chef de famille une femme, et le reste est sous la charge d’hommes ; cela veut dire que l’on refuse de nous donner le pourcentage des familles dans lesquelles les parents participent ensemble aux charges.”
Pour elle, il faut “reconnaître l’apport des femmes. Quand elles ne travaillent pas – parce qu’on les a malheureusement mariées trop tôt et qu’on ne leur a pas donné la chance à l’éducation, à l’autonomisation et à la formation professionnelle –, elles sont actives à la maison. Et si on évalue leur activité ménagère, l’on se rendra compte qu’elle vaut largement l’argent que ramène l’homme”.
La possibilité de se défiler est permise, car il existe des complicités à plusieurs niveaux
Le rôle de l’État
Concernant les cas des pères qui se défilent face au paiement de la pension alimentaire, notre interlocutrice estime que “c’est l’affaire de l'État. C’est lui qui dispose désormais du Registre social unifié et, de manière générale, des moyens qui lui permettent, par exemple, de retrouver et bloquer un compte bancaire quand il le faut. Si l’État considère l’intérêt supérieur de l’enfant, et si le père a connaissance de ce dont l’État est capable, il prendra soin de respecter ses obligations envers son enfant envers qui il a tout intérêt à créer un lien”.
Pour elle, “la possibilité de se défiler est permise car il existe des complicités à plusieurs niveaux. Il y a une mentalité patriarcale qui se ligue contre les femmes pour échapper à ce qui est considéré comme une corvée”.
“Il faut promouvoir la culture de l’égalité et celle de l’intérêt supérieur de l’enfant. Si les parents ne peuvent pas vivre ensemble, l’idéal est qu’ils aient la culture de construire une relation parentale autour de l’enfant et par amour pour lui, sans mariage. C’est pour cela que si l’État propage la culture de l’intérêt supérieur de l’enfant, la société en sera également impactée”, conclut-elle.
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Abdelkebir Tabih
Avocat au barreau de Casablanca
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