L’élargissement de la retenue à la source au secteur privé suscite des inquiétudes dans la profession comptable. La mesure risque, selon des professionnels, d’alourdir la charge de travail, d’accroître leurs responsabilités et de créer un déséquilibre dans la relation avec leurs clients.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 29 octobre 2025 à 18h43
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Modifié 29 octobre 2025 à
19h09
L’élargissement de la retenue à la source (RAS) au secteur privé ne fait pas seulement débat chez les chefs d’entreprises. Il inquiète aussi les cabinets d'expertise comptable.
En effet, au-delà de son intérêt fiscal et budgétaire, la retenue à la source est perçue par des experts-comptables contactés par Médias24 comme un transfert de charge administrative vers leurs cabinets, sans contrepartie.
Une charge de travail conséquente
Chaque extension du champ de la retenue à la source transforme les cabinets en véritables collecteurs d’impôts. À chaque règlement, il faut identifier le bénéficiaire, appliquer le bon taux, effectuer la retenue, la déclarer, et en assurer la traçabilité comptable et fiscale. Ces tâches s’ajoutent aux obligations déjà existantes, notamment les déclarations périodiques, les contrôles de cohérence, etc.
Dans les faits, les professionnels, déjà familiers avec la RAS, prévoient, avec son élargissement, une nette augmentation de la charge de travail. Leurs calendriers seront saturés par une succession d’opérations ponctuelles et hétérogènes. Chaque paiement devient un acte fiscal à part entière, ce qui accentue la pression quotidienne sur les équipes. Le risque d’erreur s’accroît, de même que les besoins en vérification et en suivi.
Le problème est double. D’une part, la charge de travail est conséquente, d’autre part, l’aspect financier lié à cette charge pose question
La plupart des cabinets fonctionnent sur la base d’honoraires forfaitaires négociés annuellement. Les nouvelles obligations imposées par la réforme ne se traduisent pas automatiquement par une revalorisation des tarifs. Les experts-comptables se retrouvent donc à exécuter davantage de travail pour la même rémunération.
Ce que pensent les professionnels
Dans le même sens, Médias24 a sondé des dirigeants de grands cabinets d’expertise comptable de la place.
Pour l’une de nos sources, l’élargissement de la retenue à la source, tel qu’il est prévu dans le projet de loi de finances 2026, risque de générer une charge de travail importante pour les cabinets.
"C’est certain qu’il y aura une charge beaucoup plus conséquente, compte tenu du nombre de fournisseurs pour lesquels il faudra demander les attestations de régularité, opérer la retenue à la source sur la TVA à 75% ou à 100%, ajouter à cela la RAS sur l’IR ou l’IS, les déclarations mensuelles des RAS avec la liste des fournisseurs concernés pour chaque impôt, les attestations de RAS à délivrer aux clients pour leur permettre l’imputation et, enfin, les déclarations mensuelles de paiement. Donc, il y aura une charge de travail supplémentaire", souligne notre source.
Quant aux coûts supplémentaires que cette surcharge impliquera, notre interlocuteur estime qu’ils seront difficilement absorbés par les clients. "Cette charge de travail va générer un coût que beaucoup de clients auront du mal à accepter".
Même son de cloche auprès d'une autre source, qui estime que l’élargissement de la retenue à la source ne se traduira pas uniquement par une hausse du volume de travail, mais aussi par une responsabilité accrue pour les cabinets comme pour l’administration fiscale.
"Cet élargissement ne va pas seulement générer du travail supplémentaire, il va aussi alourdir la responsabilité des intervenants. Il faudra gérer un plus grand nombre d’opérations, de justificatifs et de contrôles, avec un risque accru d’erreurs ou d’omissions", explique-t-il.
Par ailleurs, notre interlocuteur considère qu’une évaluation préalable de l’impact de l’élargissement de la retenue à la source s’impose, afin d’en mesurer les effets réels sur les entreprises et l’administration fiscale.
"Il faut d’abord procéder à une évaluation et à une étude d’impact. Si le champ de la RAS est élargi, cela va inévitablement augmenter la charge de travail de la DGI, qui devra traiter davantage de dossiers de remboursement et de contentieux. Aujourd’hui, avec la disponibilité des données et les progrès de la digitalisation, on pourrait envisager de mettre fin à la RAS et de revenir à un système déclaratif généralisé", conclut-il.
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