De “baron de Nouadhibou” à “Escobar du Sahara”, la vie de Ben Brahim en Mauritanie
Arrêté en 2015 et innocenté en 2019, Hadj Ahmed Ben Brahim avait passé quatre années derrière les barreaux en Mauritanie avant d’être arrêté et condamné au Maroc. À l’époque, il portait le surnom du “baron de Nouadhibou”. Voici son histoire dans ce pays voisin.
Hadj Ahmed Ben Brahim ou “Escobar du Sahara” est certes celui qui a fait tomber deux hommes d’affaires et politiques marocains, Abdenbi Bioui et Saïd Naciri, mais c’est aussi le “Malien” qui avait été innocenté en Mauritanie, après quatre ans de détention.
Avant d’être condamné à dix ans de réclusion au Maroc, celui qui était connu à l’époque sous le nom du “baron de Nouadhibou” a passé quatre ans derrière les barreaux, période durant laquelle il avait été libéré après sept mois, avant d’être de nouveau arrêté. Voici le récit de sa vie en Mauritanie, selon des sources locales.
Une première arrestation
Né à Kidal au Mali, cet homme aux multiples surnoms et contacts hauts placés a été arrêté le 6 mars 2015 par une équipe de la gendarmerie mauritanienne. Pris en flagrant délit, après une opération de “filature complexe” et une “course-poursuite de sa voiture ainsi qu’une autre, dans la région de Douira, près de la frontière marocaine”.
La presse mauritanienne a indiqué qu’au moment de son arrestation, Ben Brahim était accompagné de deux individus. L’un d’eux, Nabil Difi, est un Marocain qui travaille dans la société de Ben Brahim, tandis que le second, Ahmed Bellouh, est un ancien membre du polisario, ayant des antécédents judiciaires puisqu’il avait déjà été condamné pour détention de trois kilogrammes de cocaïne.
À l’époque, Hadj Ahmed Ben Brahim se présentait comme un homme d’affaires malien venu prospecter en Mauritanie. Lors de sa deuxième visite, il avait prévu d’étudier le marché mauritanien pour ouvrir une filiale d’une société chinoise qui opère dans la vente d’automobiles. Au Maroc, plusieurs années plus tard, il avait également donné la même explication pour justifier sa présence dans le pays ainsi que différentes activités .
Selon ses déclarations aux enquêteurs mauritaniens, c’est dans ce cadre qu’il avait rencontré deux hommes, “Haddi” et “Ali”, à travers un intermédiaire malien dénommé “Belaayoun”. Cette rencontre avait eu lieu dans le désert, à 125 km de la route principale de la ville de Nouadhibou, à laquelle il doit l’un de ses surnoms.
Poursuivie par la gendarmerie, la deuxième voiture dans laquelle se trouvaient “Haddi” et “Ali”, déjà connus dans le domaine du trafic de drogue dans la région, avait disparu « dans la zone du désert contrôlée par le polisario », sans préciser si cette zone se trouve en Mauritanie ou en Algérie.
Les enquêteurs avaient relevé que Ben Brahim n’avait, à aucun moment, prospecté dans le cadre des affaires qu’il prétendait vouloir entreprendre dans le pays. Selon la presse locale, l’homme n’avait effectué aucune mesure dans ce sens, ni présenté aucune demande, et ne s’était pas davantage renseigné sur les démarches à suivre.
Lors de son arrestation avec ses deux acolytes, la gendarmerie avait saisi une voiture Prado noire, huit téléphones dont un de type ‘Thuraya’ (téléphone satellite), un ‘Galaxy Note 3’, quatre ’Nokia’, un ’LG’ et un ’Sony’.
Figuraient également des puces téléphoniques (d’opérateurs mauritaniens et marocains), des cartes de recharge et des sommes d'argent en dizaines de milliers de dirhams marocains, du cash en euros, en ouguiya, ainsi qu’une bouteille d’alcool. D’autres sources médiatiques indiquent qu’une montre en diamants avait également été saisie au moment de son arrestation, qu’il n’a pas pu récupérer lors de sa libération.
Libération surprise
Les trois hommes avaient été placés en détention à la prison civile de Nouadhibou, à Dakhlet, pendant une durée de sept mois, avant d'être libérés pour “manque de raisons pour les poursuivre”. Cette décision soudaine avait été actée dans des “conditions d’extrême urgence”, au point que leur document de sortie avait été rédigé à la main. Une autorisation de libération manuscrite, car pas de temps pour l'imprimer.
Des sources médiatiques ont alors indiqué que les trois hommes avaient été défendus par plusieurs avocats. À leur tête, un parlementaire à l’époque : Mohamed Ould Babana. Cette défense avait reçu, selon ces mêmes sources, 80 millions d’ouguiyas en guise d’honoraires (plus de 20 millions de DH).
Toujours selon la presse mauritanienne, cette libération surprise avait été décidée sous la pression de la présidence mauritanienne, à travers le conseiller du président, Ahmida Ben Abah, ajoutant que leur caution avait été payée par le cousin du président de la Mauritanie.
Il convient de noter que le président du pays à l’époque n’était autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, l’un des rares ex-chefs d’États en Afrique condamnés pour enrichissement illicite dans l’exercice du pouvoir. L’ancien président avait également été reconnu coupable de blanchiment d’argent. Pour rappel, sa condamnation à cinq ans de prison date de décembre dernier. L’homme a été jugé aux côtés de dix autres personnalités, dont deux anciens premiers ministres.
Fausse joie : aussitôt libéré, aussitôt arrêté
Libéré sans procès, le "baron de Nouadhibou" est le seul de la bande à avoir été de nouveau arrêté, indique une source médiatique locale. Cette fois, il a été conduit à Nouakchott par la police mauritanienne qui l’a placé dans un logement à la commune de Tevragh Zeïna. Et ce, sans le présenter à une autorité judiciaire, même si la période légale pour le faire a expiré.
Les médias mauritaniens indiquent que plusieurs juridictions ont traité ce dossier qui portait, au vu des conditions d’arrestation et des objets saisis, sur des accusations de “trafic de drogue”, “constitution d’une bande qui en transporte” et “corruption”.
Or, le 30 janvier 2017, la cour d’appel de Nouadhibou s’était déclarée incompétente en raison de l’accusation de “corruption”. La presse locale indique que la juridiction mauritanienne avait estimé que la compétence pour statuer sur cette affaire revenait au tribunal anti-corruption, spécialisé dans les crimes liés à la corruption et récemment créé.
Pourtant, c’est bien la cour d’appel de Nouadhibou qui tranche à nouveau le 7 mars 2019 et innocente Hadj Ahmed Ben Brahim “en l’absence de raison de le poursuivre”. Libéré, il se rend illico à Dakar où il reste quinze jours. Il prend alors l’avion pour Casablanca où il va être cueilli par la police à son arrivée, en 2019, puis condamné à dix ans de réclusion la même année.
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