Le règlement parasismique marocain sera actualisé dans 80 communes
Le département de l'Habitat se penche sur l'actualisation du règlement de construction parasismique afin de mieux encadrer les opérations de reconstruction. Un projet de décret sera bientôt examiné à cette fin en Conseil de gouvernement. Voici ce que cette actualisation va apporter comme changements.
Il y a presque un an, le Maroc a été frappé par le séisme le plus puissant de son histoire contemporaine. Un événement tragique qui nous a ramenés néanmoins à revoir notre génie sismique. C'est dans cet esprit que le ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'urbanisme, de l'habitat et de la politique de la ville, a élaboré le projet de décret n°2.24.766 modifiant et complétant le décret n°2.02.177 approuvant le règlement de construction parasismique, le RPS.2000 (version 2011) applicable aux bâtiments, et fixant les règles de prévention des tremblements de terre.
Ce projet de décret sera bientôt présenté au Conseil de gouvernement. Voici ce qu'il va impliquer comme changements sur le terrain.
Révision du zonage sismique dans les zones sinistrées
Le texte revoit, en priorité, le zonage sismique des zones sinistrées par le séisme d'Al Haouz, explique à Médias24 Soraya Khalil, directrice des Affaires techniques et des relations avec les professionnels au sein du ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'urbanisme, de l'habitat et de la politique de la ville. Il a été préparé, après concertation avec la Commission nationale d'ingénierie pour la prévention des séismes, en attendant l'achèvement de la réalisation de l'étude pour l'actualisation du RPS. 2000 (version 2011) qui permettra la révision de ce règlement dans son intégralité, précise-t-elle.
Pour ce faire, le ministère de l'Habitat avait lancé en mars dernier un appel d'offres avec un coût estimé 1,5 million de DH. Le règlement de construction parasismique doit en effet être révisé périodiquement pour tenir compte de l’évolution scientifique et technique dans le domaine du génie parasismique.
L'étude, dont le délai d'exécution a été fixé à 10 mois, s'articulera autour des points suivants : une étude comparative fondée sur un benchmark international des règlements de construction parasismiques récemment actualisés; la réalisation d’un état des lieux de l’application du RPS 2000 "version 2011" par le biais d’une enquête publique nationale destinée aux intervenants institutionnels et professionnels du secteur; la prise en compte des résultats et des recommandations issus des travaux du Comité national du génie parasismique (CNGP) et du Comité national des constructions en terre (CNCT) qui ont eu lieu le 2 mars 2023 au siège du ministère; la proposition des articles à réviser du RPS 2000 (version 2011), ainsi que des experts chargés de cette révision.
80 communes concernées
Le dernier séisme a entraîné la modification de l'accélération et de la vitesse sismique des zones sinistrées, pourtant classées parmi la catégorie des zones modérément sismiques, souligne Soraya Khalil notant que cette modification impacte directement le calcul de structure. Le nouveau projet de décret vise donc à assurer un bon encadrement de l'opération de reconstruction post-séisme en sus des futurs projets de construction dans lesdites zones , ajoute-t-elle.
En somme, 80 communes sont concernées par ce nouveau projet de décret : 21 communes dans la province de Taroudant, une commune dans la province de Ouarzazate, 21 dans la province d'Al Haouz, 29 communes dans la province de Chichaoua et 8 communes dans la préfecture de Marrakech.







Pour rappel, le Maroc est subdivisé en cinq zones ou bassins de risque sismique distinct. Une zone sismique est une région géographique caractérisée par une probabilité significative d'occurrence du séisme. Ces zones sont délimitées sur la base de l'histoire sismique, de la sismologie et de la géologie pour évaluer le risque tellurique.

D’après les données sismotectoniques représentées dans la carte ci-dessus, les villes sismogènes les plus actives sont celles en rouge : Al Hoceima/Nador dans le Nord-Est du Maroc et Agadir au Sud-Ouest. Le risque sismique est plus faible dans les zones représentées par des couleurs plus claires.
Le séisme du 8 septembre 2023 nous a, néanmoins, ramenés sur un nouveau terrain. Les scientifiques marocains se penchent désormais sur l’actualisation de la carte sismique nationale, comme nous disait Nacer Jabour, directeur de l’Institut national de géophysique (ING). "La zone en rouge sera potentiellement élargie. Il se peut même qu’une sixième zone soit créée. Toutes les options sont sur la table", expliquait-t-il antérieurement à Médias24.
Une mise à jour qui va permettre le renforcement de la structure des bâtiments
Joint par notre rédaction, le président de l'Association régionale du conseil et de l'ingénierie pour Marrakech-Safi, Mohamed Herdam, estime que cette mise à jour va permettre le renforcement de la structure des bâtiments.
"Ce qui va concrètement changer avec l'actualisation du règlement parasismique, ce sont les données que nous introduisons pour faire les calculs de structure. Avec chaque bâtiment, le bureau d'études, ou ce que nous appelons les ingénieurs spécialisés, établissent des études de structure qui est le squelette du bâtiment puisque c'est elle qui le supporte. Dans ce squelette, nous retrouvons notamment les fondations, les poteaux et les dalles. Le règlement parasismique est l'un des éléments pris en compte pour bien dimensionner cette ossature. L'actualisation de ce dernier permettra ainsi le renforcement de la structure des bâtiments", explique-t-il.
Mais la mise à jour des règles de construction parasismique à elle seule ne suffit pas, nuance Mohamed Herdam.
"Pour optimiser la construction parasismique, il est impératif de réglementer la profession d'ingénieur"
"La réglementation est là mais encore faut-t-il la suivre et l'appliquer. L'application concerne à la fois la conception, c'est à dire au niveau des plans, et la réalisation qui nécessite que les matériaux de construction et les outils utilisés soient de bonne qualité et qu'ils soient conformes aux plans établis", note ce dernier.
Il conclut : "En général, lorsqu'on est ingénieur spécialiste dans les structures ou lorsqu'on est ingénieur tout court, on respecte le règlement parce qu'on connait en détail les risques qui découlent du non respect de la réglementation. Maintenant sur le marché, des bureaux d'études sont ouverts par des professionnels non spécialisés qui risquent de tomber dans la simplification d'autant que certains promoteurs peuvent leur exiger de restreindre à titre d'exemple la quantité du matériau de construction. Pour optimiser la construction parasismique, il est donc impératif de réglementer la profession d'ingénieur".
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Abderrahman El Mezouari El Glaoui
Mohamed Mahdi
Socio-anthropologue
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