Analyse. Quelle stratégie scientifique pour la résilience post-sismique?
À une année du séisme d'Al Haouz, le retour à la normale se poursuit au rythme de l'avancement du programme de reconstruction des habitations affectées. La fréquence des secousses sismiques a diminué, atteignant désormais une moyenne de deux à trois secousses par mois, dont la dernière a été enregistrée hier, le 9 septembre 2024. Sur le plan de la recherche scientifique, ce séisme a suscité un vif intérêt, donnant naissance à une abondante littérature pour décrypter, analyser et penser les mécanismes complexes de cet événement.
Un an après le séisme d'Al Haouz, d'une magnitude de 6,9 sur l'échelle de Richter, l'activité sismique dans la région a diminué considérablement. Entre le 1 septembre et le 9 septembre 2024, seulement une secousse de faible magnitude a été enregistré par les sismogrammes. Survenue hier à 21h09 (GMT+1), une secousse d'une magnitude de 3 degrés sur l'échelle de Richter a été enregistrée au Sud-Est de la commune de Tizguine (aux environs d'Amizmiz). Elle a été faiblement ressentie par la population mais largement partagée sur les réseaux sociaux.

Le mois d'aout a été marqué par trois principales secousses d'une magnitude inférieur à 3 degrés. La plus intense était d'une magnitude de 3 sur l'échelle de Richter (selon l'Institut portugais), enregistrée le 5 août à 13h20 (GMT+1) au sud d'Amizmiz, dans les environs du douar Imi N'Ourmer. Cette secousse avait été faiblement ressentie dans le Haouz.

Quant au mois de juillet, il avait été marqué par deux événements sismiques de faible magnitude. Le premier avait été enregistré à 1h19 du matin le 2 juillet 2024, avec une magnitude de 2,6 sur l'échelle de Richter (base de données du Pr Tajeddine Cherkaoui). Le second, moins intense, d'une magnitude de 1,9, s'était produit dans le premier quart d'heure du 3 juillet 2024 (selon les données de l'Institut national de géophysique). Son épicentre était situé entre Amizmiz et Azegour et n'avait été ressenti que par quelques personnes.
Ces événements renforcent les explications de l'Institut national de géophysique concernant leur récurrence, et marquent un retour à la normale de la zone après le séisme du 8 septembre 2023.

La secousse sismique la plus intense survenue après le séisme du 8 septembre 2023 s'était produite le 2 janvier 2024, avec une magnitude de 5,1 sur l'échelle de Richter et dont l’épicentre avait été localisé dans la commune Aït M'hamed dans la province d’Azilal.
Depuis cette date, la fréquence et la magnitude des secousses ont diminué, avec une magnitude moyenne des secousses dépassant rarement les de 2,5 degrés sur l'échelle de Richter.
Un autre fait remarquable est la modification de l'activité sismique dans la région d'Al Hoceima. L'activité sismique habituelle y avait cessé pendant la période du séisme d'Al Haouz pour ne reprendre qu'en 2024, coïncidant ainsi avec la diminution de l'activité sismique dans la région d'Al Haouz.

Le séisme du 8 septembre 2023 est la preuve que le risque sismique est une réalité omniprésente, même dans des régions où l'activité tectonique semble moins importante. De ce fait, l’intérêt scientifique est essentiel pour mieux contrôler le risque et réduire au minimum les dégâts.
Avant le séisme d'Al Haouz, la majorité de la recherche sismique se concentrait sur la région d'Al Hoceima, caractérisée par une activité intense due au jeu d'une microplaque, celle de la mer d'Alboran.
Un an après le séisme d'Al Haouz, une révision du règlement parasismique a été entreprise pour environ 80 communes. Cette révision, fondée sur une étude sismique menée par le département de l'Habitat, a révélé des niveaux d'accélération sismiques supérieurs dans ces zones. En conséquence, des mesures de construction parasismique plus strictes devront être définies et appliquées à l'ensemble de ces 80 communes.
Le bilan de la recherche scientifique
L’enjeu de la recherche scientifique à l’échelle mondiale est de trouver le moyen de prédire les séismes, du moins les plus intenses. À ce jour, cela reste impossible en raison de la complexité du suivi des paramètres qui conduisent au déclenchement d’un tremblement de terre.
Cependant, il est possible d'évaluer le risque sismique à long terme pour les régions les plus actives. Bien que la prédiction à court terme (de quelques heures à quelques jours) d'un séisme reste un objectif hors de portée, les chercheurs explorent différentes pistes pour identifier d'éventuels signaux précurseurs. Parmi ces pistes, on retrouve l'analyse des variations dans l'activité sismique, comme l'augmentation ou la diminution du nombre de petits tremblements de terre, ainsi que l'étude des anomalies du champ électromagnétique.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, un hackathon organisé du 16 au 17 septembre 2023 avait conduit à la victoire de cinq projets d’IA permettant d’améliorer la préparation, la réponse et la récupération en cas de tremblement de terre. Parmi les projets lauréats, le projet ML4Quake qui s'appuie sur la base de données sismiques italienne INSTANCE pour améliorer la prédiction des séismes. Il vise à porter le délai d'alerte de 3 à 5 secondes après le séisme à 10 secondes avant le séisme, en exploitant les dernières avancées en matière de Machine Learning. Cependant, la disponibilité limitée de données complètes des formes d'ondes sismiques et les contraintes liées à l'utilisation de formes d'ondes de 120 secondes limitent l’efficacité de ces systèmes d'alerte précoce.
Depuis le séisme d’Al Haouz, la communauté scientifique a intensifié ses travaux pour décortiquer cet évènement inhabituel dans la région à travers diverses thématiques. Le nombre d'articles indexés dans la base de données Scopus, en relation avec le séisme, a augmenté de 54,3% depuis 2020.
Cette croissance est observée dans l'ensemble des thématiques liées à la sismicité, avec plus de 70 papiers de recherche recensés depuis le 8 septembre 2023. Cela témoigne de l'intérêt croissant de la communauté scientifique nationale et internationale pour décrypter les différentes problématiques en relation avec cet événement.
Les travaux recensés se sont principalement focalisés sur les sciences de la Terre pour analyser les causes et les mécanismes du séisme, sur la médecine pour évaluer les impacts sanitaires, sur l'urbanisme pour améliorer la résilience des villes face à de futurs événements similaires, et sur l'informatique pour développer des outils de simulation et de prévision.
La majorité des publications en relation avec les sciences de la Terre se sont intéressées particulièrement aux mécanismes à l'origine du séisme. Un appel à contributions pour un numéro spécial de la revue scientifique The Seismic Record, visant à rassembler les recherches les plus récentes sur les séismes survenus au Maroc et en Afghanistan, devrait se clôturer à la fin du mois de juillet 2024 et aboutir dans les mois prochains à une dizaine de publications.
Parmi ces recherches essayant d’expliquer le phénomène, une étude a réussi à mettre en évidence un schéma de propagation de la rupture sismique particulièrement irrégulier lors du sinistre.
Cette irrégularité serait liée à la présence d'une zone de haute résistance au sein de la faille de Tizi N'Test. Initialement bloquée par cette zone, la rupture s'est finalement propagée générant une libération brutale d'énergie sous forme d'ondes sismiques à haute fréquence, ce qui explique l'intensité élevée du séisme.
Cette tendance croissante à la production scientifique en lien avec le séisme d'Al Haouz devrait déboucher sur plus de recherches à l'échelle nationale. En effet, une dizaine de sujets de thèse de doctorat portant sur les thématiques de géophysique et sismologie, d'astrophysique, de psychologie, de sociologie et d'économie des catastrophes liées au séisme sont en cours de préparation à l'échelle des universités marocaines. Une partie de ces travaux est soutenue financièrement dans le cadre du nouveau statut de doctorant-moniteur, compte tenu de la priorité accordée à ce type de recherches.
L'impact sur la santé
Quarante ans après le séisme d'Agadir de 1960, une étude pionnière a été menée en 2006 afin d'explorer la persistance de douleurs mentales chez les populations ayant survécu à ce drame. Parmi les survivants du séisme d'Agadir sondés, 25% présentaient des symptômes mentaux minimes, 37% des symptômes modérés et 37,5 % des symptômes sévères. Ces symptômes persistants sont apparus dans les six premiers mois suivant le séisme, s'exprimant sous la forme d'un syndrome de stress post-traumatique. Cet impact psychique à long terme peut se manifester de diverses façons, allant de simples reviviscences de l'événement à des troubles plus complexes tels que les troubles de la personnalité, les crises de panique, de l'anxiété généralisée ou les troubles du sommeil…
Les récentes études publiées ont mis en évidence ces symptômes psychiques parmi la population sinistrée d'Al Haouz, particulièrement chez les enfants qui nécessiteront un suivi psychologique à long terme pour éviter des cas de stress post-traumatique comme ce fut le cas après le séisme d'Agadir.
Outre l'impact psychologique, les patients souffrant de maladies chroniques, en particulier du cancer, sont les premiers à être menacés par la surcharge des services de santé en cas de séisme. Bien que l'impact sur la fonctionnalité des systèmes de santé ait été minime durant le séisme d’Al Haouz, une équipe de recherche marocaine a réaffirmé l'importance de mettre en place des registres médicaux informatisés, centralisés et harmonisés. Ces registres devraient contenir les plans de soins individualisés de chaque patient, ce qui permettrait d'assurer, d'une part, une prise en charge efficiente des patients et, d'autre part, de pallier les perturbations causées par la fermeture de certains hôpitaux en cas de séisme.
Prolifération continue des fake news
Un an après le drame, l’impact psychique continue d'être alimenté négativement par des lives sans fondement sur les réseaux sociaux, en particulier sur TikTok et YouTube. L'un donne la parole à un scientifique hollandais qui prédit un séisme sérieux au Maroc, un autre fait passer de petites secousses pour un tremblement de terre en interrogeant des sinistrés pour estimer l’intensité du séisme au lieu de citer les mesures effectuées par les sismographes, etc. D'autres créateurs de contenus recourent à des voix générées par l'intelligence artificielle de façon plus malveillante pour diffuser des informations erronées sur des séismes violents pouvant frapper le pays dans les prochains jours ou rapporter des séismes fictifs en se référant à des pseudo-sources de l'Institut national de géophysique.
Cet Institut reste l'autorité nationale de référence en matière de surveillance sismique au Maroc. Bien qu'il joue un rôle important dans l'évaluation permanente des risques sismiques, la stratégie actuelle de communication privilégie la diffusion d'informations sur les séismes les plus ressentis. Cette approche, tout en étant compréhensible pour des raisons psychologiques, ouvre un couloir à la prolifération des fake news.
L’importance d’une nouvelle réflexion autour de l’Institut national de géophysique
Le séisme d'Al Haouz a été l’occasion de mettre en exergue le rôle de l'Institut national de géophysique. À la veille du séisme d’Al Haouz, une intensification du travail de l’Institut s'est fait ressentir, à travers le déploiement rapide de stations temporaires dans le périmètre de l’épicentre du séisme. L’installation de nouvelles stations permanentes, actuellement en cours, renforcera encore davantage ce système de veille. Toutefois, la localisation optimale de ces nouvelles stations, qui doit être basée sur des études approfondies, pourrait se heurter à des contraintes foncières liées à l'occupation préexistante de certains sites.
Afin de mieux affronter les risques sismiques à venir, l'Institut national de géophysique doit renforcer ses capacités, notamment en matière de surveillance et d'évaluation des aléas sismiques. Pour y parvenir, un budget plus important est nécessaire pour :
- Développer en permanence l'infrastructure de suivi et d'alerte sismique, afin d'améliorer la prévision et la gestion de l’aléa sismiques et le risque de tsunamis sur les côtes;
- Générer des revenus en lui allouant un rôle d’expertise en matière d’aménagement du territoire. Les études sismiques et microsismiques devraient être un élément indispensable aux documents d'urbanisme afin de garantir une prise en compte effective des aléas sismiques et d'adapter les constructions en conséquence;
- Assurer une relève qualifiée à travers une nouvelle génération de sismologues dotés d'un savoir-faire pointu, d'autant qu'ils sont très peu nombreux.
À découvrir
Abderrahman El Mezouari El Glaoui
Mohamed Mahdi
Socio-anthropologue
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