Reportage. Reconstruction paisible dans les montagnes de Chichaoua
Du 6 au 8 septembre 2024, l'équipe de Médias24 a visité la région de Chichaoua. Voici notre récolte : photos, vidéos et infos.
Sur la route escarpée après Assif El Mal, un véhicule utilitaire transporte des matériaux de construction. Un homme, debout sur le plateau à l'arrière, lance : "Oua lâamil dialna" [une sorte de bonjour, notre gouverneur], mi-chaleureux, mi-familier. Celui qu'il salue ainsi est le conducteur d'un 4x4 de couleur noire, sans aucun signe distinctif. Il s'agit en effet du gouverneur de la province Chichaoua, qui effectue sa visite sur le terrain.
Ce jour-là, samedi 7 septembre 2024, nous empruntons la route Chichaoua - Mejjat - Assif El Mal - Taskourt - Adassil - Imindounit. C'est l'axe le plus impacté par le séisme dans la province de Chichaoua. Et pour cause : Imindounit, là où s'arrête le goudron, se trouve à une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau de l'épicentre du tremblement de terre du 8 septembre 2023 (voir carte ci-dessous).
Pas moins de 7.800 logements avaient été endommagés, partiellement ou totalement, essentiellement sur cet axe.
Doléances
Le gouverneur Bouabid El Guerrab, grand et mince, porte jeune ses 57 ans. Il est clairement une figure locale. Il connaît ses 35 communes et tous leurs douars. Depuis 2018, date de sa nomination dans cette province, il a consacré systématiquement toutes ses matinées, samedi compris, aux visites de terrain.
Ce jour-là, nous surprenons quelques échanges à haute voix entre lui et des citoyens : celui-ci dit qu'il a achevé les finitions de sa maison et lui demande son aide pour obtenir deux matelas ; un autre souligne qu'il a reçu les 20.000 DH du premier versement puis plus rien, et voudrait savoir pourquoi : le gouverneur lui donne rendez-vous lundi en milieu de journée à son bureau et lui rappelle que tous les détails figurent sur la plateforme dédiée à la reconstruction ; un troisième annonce avoir fini la maison de sa mère et qu'il va bientôt démarrer la sienne.
65% des bénéficiaires ont terminé les fondations et la dalle de plancher
Après les provinces du Haouz et de Taroudant, Chichaoua est la troisième la plus impactée par le séisme. Sur les 7.800 logements endommagés recensés et inscrits sur la liste officielle, 94% des bénéficiaires sont en train de construire, nous indique-t-on de source officielle.
Chaque bénéficiaire recensé et inscrit sur la liste a reçu la somme de 20.000 DH pour pouvoir entamer le chantier de reconstruction.
Voici les différentes étapes et le nombre de familles concernées dans la province de Chichaoua :
| ÉTAPE | Somme versée par l'État (reconstruction partielle) DH | Somme versée par l'État (reconstruction totale) DH | Nb de bénéficiaires |
| Inscription sur la liste des bénéficiaires | 20.000 | 20.000 | 7.800 |
| Les fondations (dalle de plancher) | 20.000 | 40.000 | 5.000 |
| La structure (murs et poutres) | 20.000 | 40.000 | 2.600 |
| 2e dalle et traitement de façade | 20.000 | 40.000 | 560 |
| Travaux de finition |
Tout le long de la route jusqu'à Imindounit, on ne voit plus de tentes destinées au logement. Rarement, on en aperçoit une, utilisée comme dépôt de matériaux de construction ou d'effets personnels.
Le goudron, comme on dit, monte jusqu'à Imindounit et s'y arrête. On perçoit clairement les tronçons entièrement refaits et ceux qui ont été réparés par endroits.
La route est parfois difficile à cause de la topographie et des virages en épingle à cheveux. De part et d'autre, des arbres fruitiers ou ce qu'il en reste : oliviers, noyers, caroubiers. Les premiers sont mal en point ; on nous explique que c'est à cause de la sécheresse et que la récolte oléicole sera voisine de zéro ; et celle des noyers moyenne.
Plus surprenant, dans un douar haut perché en altitude, un habitant est en train de battre sa (très modeste) moisson d'orge plutôt tardive.
La province vit d'agriculture : arboriculture citée ci-dessus, ainsi que pastèques et melons essentiellement. Mais les oliviers, l'une des richesses de la zone, n'ont rien donné cette année. Et la production de pastèques et de melons a été fortement limitée en superficie, à 1,5 ha par parcelle.
L'argent distribué par l'Etat pour la reconstruction et le relogement post-séisme est donc le bienvenu : 80.000 ou 140.000 DH pour les logements à reconstruire ; 2.500 DH par mois pendant 12 mois pour louer en cas de besoin ; primes pour déblayer les gravats de son logement endommagé...
À vue d'œil, même si c'est ponctuel, et même si c'est lié à la reconstruction, les sommes versées créent de l'activité. Tout le long du parcours en montagne, les va-et-vient des camions et autres véhicules utilitaires chargés de matériaux de construction sont incessants et constituent l'essentiel du trafic.
Après le douar de Taskourt, la route longe le barrage Abou Abbas Sebti, au joli panorama bucolique, n'eussent été les tragédies encore présentes dans les esprits. Le lac de retenue, qui s'étend sur quelques kilomètres, contient en ce moment 16 millions de mètres cubes, soit 63% de sa capacité.
Dans cette province, qui comptait 369.000 habitants lors du recensement de 2014, 593 écoles ont été impactées par le séisme, sur un total de 709. La plupart ont été remises en état, et 68 d'entre elles sont en cours de reconstruction. Mais tous les élèves sont scolarisés.
Sous l'effet de la sécheresse, les agriculteurs de la province sont encouragés par le département de l'Agriculture à pratiquer des cultures alternatives (oignons, petits pois, tomates) plutôt que celle des céréales, très gourmande en eau.
Au final, la reconstruction semble se dérouler de manière paisible dans cette province à vocation agricole, et ce, malgré la sécheresse sévère. Les autorités espèrent achever toutes les reconstructions avant la mi-2025.

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Abderrahman El Mezouari El Glaoui
Mohamed Mahdi
Socio-anthropologue
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