Dossier. Un an après le séisme du Haouz, les chiffres, les reportages et les enseignements
Médias24 a entamé il y a une semaine la publication d'articles au sujet du bilan de la reconstruction, un an après le tragique séisme qui a endeuillé le Maroc.
- Reportage. La commune d’Ouneine à Taroudant, un an après le séisme du 8 septembre
- Tribune Mohamed Mehdi : Le séisme de l'Atlas, Ouneine une année après !
- Séisme d'Al Haouz. Le gouvernement présente un bilan chiffré du programme de reconstruction
- Tribune Abderrahman El Mezouari El Glaoui : Un an après le séisme : la montagne marocaine a besoin d’un nouveau modèle de développement
- A Al Haouz et Taroudant, seulement 28% des ménages sont encore sous les tentes
- Reconstruction dans le Haouz: la moitié des habitants concernés seront relogés d’ici la fin de l’année (2/2)
- Reportage. A Talat N’Yaakoub, la désillusion de la reconstruction (1/2)
Lorsque le 8 septembre à 23H11, heure marocaine, la montagne a bougé, tous les départements concernés ont immédiatement réagi. En effet, il y avait un plan. Non pas un plan anti-séisme, mais un plan anti-catastrophes; le Haouz et les provinces environnantes y figuraient.
Cette nuit-là, le plan a été activé. Comme le schématise l'un de nos interlocuteurs qui était sur le terrain, "nous avons appuyé sur un bouton et tous les services relevant des autorités ou pas, y compris les services extérieurs ont appliqué des consignes sur lesquelles ils s'étaient déjà entraînés".
Sur instructions du Roi Mohammed VI, Chef suprême et Chef d’Etat-major général des Forces Armées Royales, les FAR ont également déployé d’urgence des moyens humains et logistiques importants, aériens et terrestres, ainsi que des modules d’intervention spécialisés à base d’équipes de recherche et de sauvetage et d’un hôpital médico-chirurgical de campagne.
Dans les provinces, lorsqu'on parle de services extérieurs, cela signifie les départements ministériels, offices, services publics, qui ne relèvent pas de l'Intérieur. Ici, tout le monde s'est mobilisé nous dit-on: Santé, Equipement, Habitat, Education, Protection civile, Entraide nationale, mais aussi des sociétés privées comme les télécoms. "Chacun savait ce qu'il devait faire, où chercher l'ambulance, où la placer, qui prévenir pour chaque tâche, où trouver les lits d'hôpital"...
Selon nos sources, les gouverneurs, dotés de téléphones satellitaires, ont pu communiquer au besoin, même dans les zones où les réseaux téléphoniques ont été coupés par le séisme. Dans la montagne, autour de l'épicentre d'Ighil, et à une bonne centaine de kilomètres à la ronde, le réseau GSM était interrompu. Les opérateurs télécom, comme Maroc Telecom et Inwi savons-nous, ont travaillé vite. Le lendemain 9 septembre 2023, le réseau avait été rétabli en quelques heures, entre 10 heures et 5 heures, par la mobilisation volontariste des opérateurs.
Au niveau de la santé, des lits, des ambulances, des salles d'opération, du personnel hospitalier, médical et paramédical, étaient à leurs postes dans la nuit même et avaient organisé des centres de tri et un dispatching.
Idem pour les secours alimentaires qui ont commencé à être acheminés dès le lendemain du séisme. Avec l'afflux du volontariat citoyen et malgré la désorganisation. Nous avons constaté d'ailleurs, dans nos récents reportages dans la région concernée, qu'ici et là, persistent encore de grandes quantités de denrées, parfois avariées et finalement détruites après contrôle.
Donc, pour ce qui concerne le secourisme, l'alimentation et le relogement provisoire, le Maroc s'en est tiré d'une manière efficace.
Il restait ainsi la seconde séquence: le relogement définitif et la reconstruction; le rétablissement des services de base comme l'enseignement et la santé.
Ce qu'il faut retenir
*L'éparpillement et l'escarpement géographiques. La zone touchée couvre une superficie de 42.000 km2, supérieure à celle de la Belgique.
*L'Etat a choisi de responsabiliser les sinistrés: chaque famille devra reconstruire elle-même son logement ou le réparer.
*Toutes les autorisations ainsi que les bureaux d'études et les architectes sont payés par l'Etat.
*Seules les habitations principales font l'objet d'une aide de l'Etat. L'aide est fournie par tranches, 4 tranches au total, chaque versement étant effectué avant le démarrage de la nouvelle tranche.
*L'autorisation de construire est délivrée après le recensement des sinistrés. Mais elle nécessite l'accord de l'architecte et du bureau d'études: or, ceux-ci ne délivrent pas de certificat de conformité et de constructibilité si le terrain s'avère instable ou si de nouveaux éboulements menacent le site. C'est ce qui explique que des sinistrés ont figuré sur la liste des bénéficiaires, reçu le premier versement de 20.000 DH mais n'ont pu entamer les travaux.
*Dans certains cas, un logement a été classé comme partiellement démoli; mais après constat du bureau d'étude et de l'architecte, il a été reclassé par ces derniers dans le cadre de la démolition totale. Ces cas n'ont été éligibles qu'à 80.000 DH à cause du premier classement, au lieu de 140.000 DH. Juridiquement, il n'a pas été possible, à ce jour, de les reclasser dans la bonne catégorie des 140.000 DH.
A ce jour, 55.142 autorisations de construire ont été délivrées aux sinistrés, selon le gouvernement. 49.632 logements sont en cours de construction et de réhabilitation. Un millier de logements ont été entièrement reconstruits.
La reconstruction s'achèvera pour l'essentiel en 2025. Ce qui aura été rapide. Il restera alors à se focaliser sur la réhabilitation et le développement des régions concernées.
Abderrahman El Mezouari El Glaoui
Mohamed Mahdi
Socio-anthropologue
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