Séisme. L'élan spontané d'aide des citoyens a besoin d'être canalisé
L'extraordinaire solidarité des Marocains en direction des victimes du séisme serait plus efficace si elle était canalisée et organisée en fonction des besoins. En effet, les douars les plus éloignés ou les moins accessibles sont moins bien desservis. Une piste de réflexion pour de nombreux donateurs et associations.
Dès les premières heures de la matinée du samedi, l'encombrement est visible sur l'autoroute Casablanca-Marrakech. Il ira en s'amplifiant, au fur et à mesure de l'avancement de la journée. Dans les aires de repos, des particuliers confient qu'ils rendent visite à leurs familles qui vivent dans les zones éprouvées par le séisme.
Dimanche et lundi, le trafic est encore plus dense.
Lundi en milieu de journée, une équipe de Médias24 revient sur les lieux où elle s'était déjà rendue samedi : Moulay Brahim, Asni, Ikojak, Talat N'Yacoub, route d'Imlil... Sur ces routes parfois très escarpées, portant pour la plupart les stigmates du séisme, parfois coupées par des blocs de roche pesant jusqu'à plusieurs tonnes, le flot de véhicules est incessant.
Entre deux ambulances, une voiture particulière portant deux matelas sur son toit se fraie un chemin sur la piste. Un peu plus loin, une autre, également avec des matelas. D'autres transportent des aides de toutes sortes. Sans compter les convois militaires, les convois d'engins de chantier transportés par les FAR sur des porte-chars, les ambulances, les camions transportant des aides....
Les embouteillages, les arrêts de la circulation ne sont pas rares. On roule souvent à petite vitesse, et parfois au pas.
Même scénario à partir de Taroudant, lorsqu'on monte vers Tefraouten ou Oneine où se trouve la deuxième équipe de Médias24, près de l'épicentre du séisme. Les camions et les ONG sont encore plus présents. Mais il y a autant de véhicules de particuliers, avec des matelas sur le toit. Ces derniers semblent parfois majoritaires. Leur apport est précieux, leur solidarité admirable.

En dehors d'apporter de l'aide à leurs proches, les particuliers ont tendance à privilégier les lieux les plus accessibles.
Karim Tazi, fondateur de la "Banque alimentaire", association très active depuis les premières heures après le séisme, confirme. "Outre la situation des villages qui tardent à recevoir de l'aide pour une raison ou une autre, il y a la question de la désorganisation des aides spontanées qui voit certains villages parmi les plus proches recevoir plus souvent que les plus enclavés surtout en altitude."
Il relève qu'il est "impossible de convaincre tous les Marocains de ne pas aller distribuer eux-mêmes ce qu'ils se sont mobilisés à collecter".

Il fait un deuxième constat en provenance du terrain. "L'idée d'ériger des villages de tentes et d'y regrouper tous les sans-abris est excellente, mais elle ne traite pas les cas très nombreux des familles dont les maisons se sont fissurées, mais ne se sont pas effondrées. Ces familles-là, tout en dormant dehors, n'abandonneront pas leurs maisons et leurs biens pour aller s'abriter dans les chefs-lieux. Elles resteront sur place et auront donc besoin d'aide sur place."
Ces idées qu'il partage avec nos lecteurs, il les a également transmises à différents canaux ainsi qu'à ses proches et connaissances.
Il propose en effet, un fonctionnement "hybride" pour dépasser ces contraintes :
- regrouper l'information sur la situation des besoins de chaque douar et la partager avec les associations de la société civile ;
- installer un "poste d'aiguillage à l'entrée de chaque vallée du Haut Atlas pour orienter les chargements de petites dimensions vers les villages qui en ont le plus besoin", une sorte de triage ou de dispatching ;
- "centraliser dans les entrepôts de la Fondation Mohammed V les dons les plus importants. Les entrepôts auraient vocation à accompagner les personnes dans les villages de tentes et à jouer un rôle de régulateur".
La question de l'organisation de l'acheminement des aides se pose aux nombreux donateurs, qu'ils soient des particuliers ou des entreprises, comme nous avons pu le constater. Nous avons publié lundi une première liste non exhaustive d'associations auxquelles les donateurs peuvent s'adresser.
À découvrir
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.