Faut-il vraiment reconstruire Tinmel ?
La reconstruction de la Mosquée de Tinmel s’impose comme une évidence aux yeux de tous. En visite sur les lieux, l’architecte Mohamed Amine Kabbaj s’interroge.
Cette semaine, j’ai effectué une visite à la Mosquée de Tinmel, marquant ainsi ma seconde exploration depuis la semaine ayant suivi le séisme survenu le 8 septembre 2023.
Lors de ma première visite, l’impact fut saisissant, révélant un site du XIIe siècle complètement dévasté par les secousses sismiques. Les murs se sont effondrés en un amas chaotique, avec seulement trois murs partiellement debout. Le mur le plus crucial dissimulait le Mihrab sous les décombres de la voûte principale, adossé à un minaret menaçant de s’effondrer.
Lors de cette dernière visite le 19 décembre 2023, j’ai constaté une transformation significative du site, débarrassé de ses débris.
Quelques arcades et un plafond suspendu étaient les seuls vestiges apparents, accompagnés d’un Mihrab "pratiquement intact" et d’un minaret renforcé pour prévenir tout effondrement. Des contreforts en bois soutenaient les murs, tandis que les restes des coupoles et plafonds en plâtre étaient soigneusement disposés en tas, formant d’énormes puzzles.
Le dilemme actuel concerne la décision à prendre : faut-il reconstruire la mosquée ou laisser le site dans son état actuel ?
Cette mosquée, édifiée au milieu du XIIe siècle par l’émir Abdelmoumen, premier sultan de la dynastie des Almohades, a survécu au fil du temps, subissant plusieurs restaurations, la première pendant le protectorat, au milieu du XXe siècle, la seconde à la fin de ce même siècle par l’ONA, et la troisième récemment menée par le ministère des Habous et pratiquement achevée avant le séisme.
Cet endroit revêt une importance majeure dans l’histoire du Maroc, chargé de significations et de symboles. Il a été le berceau de la dynastie des Almohades, laquelle a transformé le Maroc en un empire s’étendant de la Libye à l’Est au Sénégal au Sud en passant par la péninsule ibérique au Nord. Après la dynastie des Almoravides, les Almohades ont poursuivi cette puissance impériale, aspirant à créer un ensemble politique, religieux et culturel d’une portée considérable pour l’époque. Cette dynastie a été le catalyseur d’un renouveau civilisationnel qui a exercé une influence significative sur l’ensemble de la zone méditerranéenne.
Dans le contexte des principes de la charte d’Athènes régissant la restauration des vestiges, la marge d’intervention est limitée et très claire.
La mosquée, déjà restaurée trois fois, a récemment été reconstruite à l’identique de son origine, une intention contrariée par les forces de la nature. Cela pourrait-il être interprété comme un signe ?
Cette situation soulève des interrogations quant à la pertinence de la reconstruction de la mosquée. À mon avis, il serait plus judicieux de préserver Tinmel en tant que symbole, laissant ses ruines témoigner d’un passé glorieux tout en reflétant la grandeur historique du Maroc.
Le site et ses environs devraient être envisagés comme un musée vivant permettant de retracer l’épopée des Almohades, plutôt que comme une curiosité touristique.
Les visiteurs intéressés par notre histoire et les exploits des Almohades pourraient ainsi découvrir les réalisations sociales, les savants éminents tels qu’Ibn Sina ou Ibn Tofail, ainsi que les autres accomplissements de cette époque, créant une expérience éducative plus profonde que la simple reconstruction d’une mosquée.
Il faut rappeler d’autres réalisations comme les mâristâns (hôpitaux), les mosquées comme la Koutoubia, ou savoir que les Almohades avaient vu en Ribat Al Fath (Rabat actuelle) une capitale atlantique, les constructeurs de la mosquée de la Tour Hassan et bien d’autres réalisations dans les provinces du Nord dans la péninsule ibérique.
C’est ce que l’on doit nous apprendre de Tinmel, qui devrait être perçue comme un lieu d’apprentissage, révélant davantage que sa simple reconstruction qui risquerait de la transformer en un pastiche dénué de la riche histoire des Almohades.
À découvrir
à lire aussi
Article : Salaires, retraites, IR… le gouvernement défend son bilan social à 5 mois des élections
Après plusieurs rounds de négociations, l’exécutif met en avant un bilan chiffré des concessions accordées sur les salaires, la protection sociale et les retraites, tout en affichant sa volonté d’aller plus loin sur les dossiers encore ouverts, des statuts particuliers à la réforme du Code du travail.
Article : Driss El Azami: “We are working to come first” as the PJD sets out its ambitions and hints at surprises
Five months ahead of the September 2026 parliamentary elections, Driss El Azami El Idrissi, the PJD’s first vice-secretary general, appeared on Médias24’s “12/13”. Mixing assessment, measured self-criticism and electoral ambition, he defended the trajectory of a party seeking to reclaim its place in the political landscape.
Article : Dakhla: 500 MW green data center megaproject launched to bolster Morocco’s digital sovereignty
An agreement between several public institutions launches the studies that will define the program’s economic model, governance, and financing arrangements.
Article : Olive : Kamal Ben Khaled élu à l’unanimité à la tête d’Interprolive
Kamal Ben Khaled a été élu à l’unanimité président de l’Interprofession marocaine de l’olive (Interprolive), à l’issue des travaux du conseil d’administration tenu le mercredi 15 avril 2026, ouvrant une nouvelle phase pour l’organisation dans un contexte marqué par les défis économiques et climatiques de la filière.
Article : Football. Ayyoub Bouaddi, l’ascension d’un prodige discret
Phénomène de précocité, le milieu de terrain d’origine marocaine brille par la maturité de ses prestations qui le rendent quasiment indispensable à l’entrejeu lillois. Son profil box-to-box serait un atout de poids pour les Lions de l’Atlas en vue des prochaines échéances.
Article : Le groupe polonais KGHM oriente ses investissements miniers vers le Maroc et l'Europe
Le groupe minier polonais KGHM Polska Miedź S.A. oriente ses investissements vers le Maroc et l’Europe, confirmant l’intérêt stratégique croissant pour le Royaume, selon une annonce de l’ambassade de Pologne et des déclarations à Reuters.