Séisme. Comment l'aide s'organise à Ait Yahya dans la commune de Ouneine, à 20 km de l'épicentre
Dans la province de Taroudant, les bénévoles de la commune de Ouneine s'organisent pour recevoir et distribuer les nombreux dons reçus. Sinistrés, les habitants du douar d'Ait Yahya doivent surmonter le traumatisme du séisme tout en tentant de survivre dans des conditions précaires.
Le va-et-vient des voitures est incessant. Sur la route de montagne qui conduit à la commune de Ouneine, à plus de trois heures de route de Taroudant, les Marocains affichent une forte solidarité pour venir en aide aux villageois victimes du tremblement de terre, notamment dans le douar d'Ait Yahya.
Le mardi 12 septembre, à une vingtaine de kilomètre de l'épicentre du séisme, le village qui accueillait 120 habitants et une trentaine de familles n'est plus qu'un champ de ruines. Il s'en dégage une forte puanteur due à la décomposition du bétail enseveli sous les décombres, avec "les biens les plus précieux des habitants", insiste Mohamed Mahdi, anthropologue et spécialiste du monde rural, présent sur place.

Dans ce douar enclavé, défavorisé par la géographie et surplombé par une auberge à moitié détruite, "vingt-sept personnes sont décédées", déplore Mohamed, l'un des habitants du douar avoisinant qui a eu la gentillesse de nous accompagner sur les lieux, malgré les circonstances.
Les 93 rescapés de la catastrophe naturelle "ont passé les deux premières nuits à l'abri de quelques arbres fruitiers", nous indique Lhoucein, dont la femme a survécu "par la grâce de Dieu. Toute la maison s'est écroulée, sauf la cuisine où elle se tenait lorsque la terre a commencé à trembler".
En attendant la reconstruction des bâtiments, la femme de Mohamed et les 26 autres rescapés de la catastrophe se sont réfugiés quelques centaines de mètres plus loin, en contrebas du village qui n'existe plus que dans leur mémoire.
"Pour le moment, nous sommes installés sur le terrain de football du village", nous explique un acteur associatif. C'est un terrain vague ouvert au vent et au froid qui commence à se faire sentir la nuit.
En collaboration avec les autorités locales, les dons des bienfaiteurs - dont la réactivité est décisive en ces temps difficiles - sont acheminés vers le camp situé en bordure d'une piste difficilement carrossable, se trouvant à quarante-cinq minutes de "la commune de Ouneine où plus de 50 décès ont été recensés, et dont le président est endeuillé et ne sait plus où donner de la tête", nous apprend Mohamed Mahdi.
"Nous avons d'abord opéré un recensement avant de commencer à distribuer les dons que nous recevons, le plus justement possible. Nous essayons également d’envoyer une partie à des douars encore plus reculés et touchés", décrit le président d'une association se trouvant sur place.
Une générosité contagieuse
"Des dons ont été réunis le plus rapidement possible pour fournir ne serait-ce qu’un minimum de produits alimentaires aux personnes sinistrées", souligne modestement M’hamad Ibizi, président de la commune de la commune Adar.
"Nous avons contacté au préalable les présidents des communes les plus touchées pour savoir précisément quels étaient leurs besoins immédiats", poursuit-il. C'est justement le défi qui se pose actuellement.
L'élan de solidarité des Marocains redonne foi en l'humanité. Mais répondre aux besoins de manière précise et efficace est impératif. "Hamdoullah, nous avons le nécessaire en termes de produits alimentaires grâce à la générosité des associations et des bienfaiteurs", assurent à l'unisson plusieurs victimes du séisme.
"Le stock de nourriture dont on dispose couvre une dizaine de jours, mais il faut actuellement des abris pour les gens, surtout avec l'approche de l'automne et des basses températures", précise le président d'une association.
"Ces camps provisoires qui accueillent les sinistrés risquent de durer", regrette Mohamed Mahdi. Une situation qui peut être le lit de tensions, "car il est difficile de prendre en considération les affinités ou leur absence entre les habitants d'un même douar ou ceux originaires de douars différents", explique-t-il.
Pour le moment, il va falloir penser à abriter un maximum de victimes. "En plus de quatre tentes pour conserver le stock de nourriture, nous avons installé sept tentes, fournies par la commune. Mais c’est malheureusement trop insuffisant pour contenir toutes les personnes qui se sont retrouvées sans abri, car elles sont réservées aux femmes et aux enfants", ajoute-t-il.
De surcroît, à défaut d'avoir du courant, les acteurs associatifs s'inquiètent du manque d'eau. Si le débit de la source qui longe la vallée a miraculeusement augmenté à la suite du séisme, il ne sera pas aisé d'en bénéficier.

"Il nous faut des tuyaux et du matériel pour acheminer l'eau jusqu'ici", souligne un acteur associatif. Et ce n'est pas tout. "Nous souhaitons également que les enfants qui ne peuvent plus aller à l'école bénéficient d’activités pour les tenir en éveil et leur faire oublier le traumatisme qu’ils ont vécu."
Pour le moment, la vingtaine d'enfants de tous âges sont nettement moins bruyants qu'à l'accoutumée. Certains soignent leurs plaies, comme cet enfant d'une dizaine d'années avec un énorme bandage sur la tête. Tandis que d'autres ont le regard vide, terriblement affectés par la perte de proches.
Les adultes aussi ont urgemment besoin d’un soutien psychologique. "Il nous faut également une équipe médicale permanente. Car les femmes en ont besoin. Des blessés vont sortir de l'hôpital et devront également être suivis sur place", poursuit le président d'une association. Autant de besoins à même d'être comblés par un déploiement précis de la solidarité nationale.

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