Les normes parasismiques expliquées par deux experts
Qu’est-ce que la construction parasismique et qui est concerné ? Comment mettre son habitation aux normes en vigueur ? Voici les explications de deux architectes sondés par Médias24.
Le Maroc est doté, depuis 2002, d’un dispositif légal en matière de construction parasismique (RPS 2000), qui a, pour objectif “d’assurer la sécurité du public pendant un tremblement de terre, de protéger les biens matériels et d’assurer la continuité de la fonctionnalité des services de base”, comme cela est précisé dans ledit règlement.
Contacté par Médias24, l’architecte Ahmed Taleb, membre du bureau exécutif du Mouvement des ingénieurs marocains, indique que pour “limiter les dommages humains et matériels susceptibles de survenir suite à un tremblement de terre, le RPS 2000 définit la méthode d’évaluation de l’action sismique sur les bâtiments à prendre en compte dans le calcul des structures et décrit les critères de conception et les dispositions techniques à adopter pour permettre à ces bâtiments de résister aux secousses sismiques”.
Ce règlement, poursuit-il, “a été révisé et approuvé plusieurs fois par plusieurs décrets, afin de tenir compte des progrès scientifiques dans le domaine du génie parasismique”.
Applicable sur l’ensemble du territoire national
Le RPS 2000 “s’applique aux constructions nouvelles, aux bâtiments existants subissant des modifications importantes, tels que le changement d’usage ; l’extension ou la construction d’un ajout. Son domaine d’application couvre également les bâtiments et les structures de comportement similaire, tels que les réservoirs élevés, en béton armé ou en acier”, poursuit notre interlocuteur.
Ce dernier souligne que “le dossier de demande de permis de construire doit obligatoirement comporter un plan de béton armé respectant la réglementation relative à la construction parasismique, établi par l’ingénieur spécialisé agréé et visé par un bureau de contrôle”. Cette procédure est, selon Ahmed Taleb, généralisée à l’ensemble du territoire national.
Par ailleurs, il convient de noter que le règlement de construction parasismique est “applicable à toutes les constructions”, sauf deux exceptions. Elles sont mentionnées dans l’article 3 du décret 2-02-177 du 22 février 2002, approuvant le règlement de construction parasismique. Il s’agit de :
- bâtiments conçus selon les techniques locales traditionnelles, et dont la structure portante utilise essentiellement la terre, la paille, le bois, le palmier, les roseaux ou des matériaux similaires ;
- bâtiments d’un niveau, à usage d’habitation ou professionnel, d’une superficie totale inférieure ou égale à 50 m2.
Les raisons d’un coût élevé
Également joint par nos soins, Mohamed Hakim Belkadi, architecte des écosystèmes urbains, expert judiciaire en architecture et urbanisme, explique que “la construction parasismique est généralement plus coûteuse que la construction conventionnelle. Le coût supplémentaire dépend de plusieurs facteurs, notamment des régions sismiques, la taille et la conception ainsi que les normes de construction locales”.
Notre interlocuteur liste certaines raisons qui, selon lui, expliquent le coût supplémentaire de la construction parasismique. Il s’agit de :
- La spécificité des matériaux et techniques de constructions. “Les bâtiments parasismiques nécessitent des matériaux et des techniques de construction spécifiques pour renforcer leur résistance au séisme. Cela peut inclure l’ajout de renforts en acier, des systèmes d’amortissement sismique et des fondations spéciales. Ce qui entraîne forcément des coûts supplémentaires…”
- Une conception complexe qui fait souvent appel à des concepts particuliers avec des éléments structuraux conçus pour absorber et dissiper l’énergie sismique ; donc la force de cisaillement. “Cette complexité peut nécessiter des coûts de conception et de planification plus élevés”.
- Les normes de construction doivent être strictes. Elles ont évolué après le séisme d’Agadir. Aujourd’hui, il faudra prendre encore d’autres dispositions pour pouvoir renforcer davantage les normes de construction parasismique. Cela signifie que les matériaux et la construction doivent être conformes à des normes rigoureuses. Ce qui peut être plus coûteux et avoir des incidences dans la construction des bâtiments.
- L’ingénierie spécialisée. “La construction parasismique nécessite souvent l’engagement d’ingénieurs spécialisés en sismologie et en génie parasismique, ce qui peut entraîner des coûts supplémentaires de consultation et d’expertise.”
À noter que la construction parasismique présente des avantages qui permettent de compenser son coût élevé. Il s’agit notamment de la “réduction des coûts d’assurance”. Selon Mohamed Hakim Belkadi, celle-ci est “significative” et permet de “compenser les coûts supplémentaires de la construction”.
Autres avantages : la résistance aux forces sismiques, y compris les mouvements horizontaux et verticaux provoqués par le séisme ; la réduction, considérable, du risque de fissures structurelles, de déformations excessives ou d’effondrement ; mais aussi la sécurité des occupants ; la durabilité ; la préservation des biens matériels ; et la résilience communautaire.
“Le gain de sécurité offert par la construction parasismique par rapport à la construction conventionnelle est significatif. Les normes parasismiques visent à minimiser les risques de dommages structurels majeurs lors d’un séisme ; ce qui peut sauver des vies et réduire les pertes matérielles conséquentes.”
Conformer son logement aux normes parasismiques, c'est possible
Mohamed Hakim Belkadi recommande à tout individu dont l’habitation ne respecte pas les normes de construction parasismique, et qui vit dans une zone sismique, de “prendre des mesures pour améliorer sa résistance au séisme”. Et ce, en “consultant un ingénieur en génie parasismique qualifié qui pourra évaluer la structure de la maison et déterminer quelles améliorations sont nécessaires pour la rendre conforme aux normes parasismiques locales”.
Il pourra également “évaluer les travaux nécessaires et faire un rapport détaillé pour rendre le logement plus résistant aux séismes. Cela peut inclure des renforts structurels, des modifications aux fondations, l’ajout de dispositifs d’amortissement sismique, etc. Pour lesquels il est nécessaire d’obtenir des autorisations sous la direction d’un architecte”.
Mohamed Hakim Belkadi conseille également de “faire appel à des professionnels qualifiés, en s’assurant qu’ils comprennent les exigences spécifiques en matière de génie parasismique. Tous ces intervenants doivent appartenir à des fonctions réglementées”.
Il est enfin recommandé de “réaliser des inspections après les travaux, par un ingénieur qui va délivrer des attestations”, mais aussi “effectuer les mises à jour des normes locales pour s’assurer que l’habitation continue à les respecter”.
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